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Attentat à Ouagadougou: "Mon père était un globe-trotter, un manutentionnaire de l'extrême"

TEMOIGNAGE - Son père, Antonio Basto, Portugais de 52 ans arrivé en France à l'âge de 7 ans, fait partie des 29 victimes des attentats commis à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Très émue, Angélique Basto souhaite ce lundi sur RMC que l'Etat français ne l'oublie pas: "Si c'était le cas, je serais dévastée".

Antonio de Oliveria Basto (52 ans, Portugais vivant en France depuis ses 7 ans), Arnaud Cazier (41 ans) et Eddie Touati (54 ans) sont morts samedi au Burkina Faso lors de l'attaque terroriste revendiquée par Aqmi (Al Qaeda au Maghreb islamique, ndlr). Ils dînaient ensemble au Capuccino, un restaurant de la ville, pour fêter la fin de leur mission au Burkina pour le compte de leur entreprise de transport spécialisée dans les grosses cargaisons, Scales dans le Val-d'Oise. Ils devaient rentrer ce lundi en France après leurs deux semaines de chantier sur place.

"Papa, quand il partait en déplacement, disait toujours: 'Je mange des sandwiches tous les jours comme ça cela me permet de mettre de l'argent de côté sur mon déplacement'. Comme ça quand il rentrait, c'était la fête. Il emmenait maman et mon petit frère au restaurant, se souvient avec émotion sur RMC Angélique, la fille aînée d'Antonio Basto. Et là, il s'est dit qu'il allait fêter la fin du chantier en se faisant un petit plaisir".

"Ce qui est arrivé est arrivé"

"Je l'imagine très bien avec ses copains à table, poursuit-elle, en larmes. Mon père est le spécialiste des blagues pas drôles. Il a forcément raconté des blagues qui n'ont fait rire personne… Ils étaient en train de boire leur café et je vois très bien mon père dire: 'Je suis pressé de rentrer, voir mes enfants, ma femme…' Chaque fois qu'il partait en mission, il nous ramenait toujours des cadeaux." "C'était un globe-trotter, un manutentionnaire de l'extrême… Il était tout fier de nous présenter son passeport avec tous les tampons", évoque-t-elle encore.

Et Angélique Basto de déclarer: "C'est horrible ce qui lui est arrivé. Je ne le souhaite pas à mon pire ennemi. C'est indéfinissable ce que je peux ressentir". Malgré la douleur et le chagrin, elle a toutefois une requête: qu'on n'oublie pas son père. "On n'a pas besoin de reconnaissance. Ce qui est arrivé est arrivé… Mais papa travaillait pour une entreprise française, il était marié à une Française, on habite en France… Il a gardé la nationalité portugaise, un peu par fierté je pense, mais il était Français avant tout, souligne-t-elle. Mais je n'ai pas envie qu'on l'oublie, je n'ai pas envie qu'on ne parle pas de lui. Si c'était le cas, je pense que je serais dévastée".

Maxime Ricard avec Céline Martelet