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"Autonomie" mais pas "indépendance": à quoi ressemblerait la Guadeloupe autonome?

"EXPLIQUEZ-NOUS" - Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu est arrivé dimanche en Guadeloupe, secouée par une grave crise sociale comme la Martinique voisine, montrant "fermeté" et "volonté de dialogue" avec l'intersyndicale qu'il rencontrera lundi.

Sébastien Lecornu, le ministre des Outre-mer, est arrivé dimanche soir en Guadeloupe. Avant de partir, il s'est prononcé ce week-end pour un débat sur l’autonomie du territoire.

La Guadeloupe est en crise, d’abord à cause de l’obligation vaccinale que refuse une partie des soignants et des pompiers. Ensuite à cause des questions économiques et sociales, du chômage en particulier.

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Mais, jusqu’ici, on n’avait pas entendu de revendications portant sur la question de l’autonomie ou de l'indépendance. Sauf Sébastien Lecornu, qui a les a entendus “en creux”.

Dans une allocution télévisée adressée aux Guadeloupéens et aux Guadeloupéens, il explique que dans les consultations qu’il a eues, certains élus ont posé “en creux”, la question de l’autonomie”. Des élus qui estiment que la Guadeloupe pourrait mieux se gérer d'elle-même, en ayant moins d'égalité avec l'hexagone et plus de liberté et de décisions prises au niveau local.

“Moins d’égalité” et “plus de liberté” qu’est-ce que cela voudrait dire concrètement?

Ce n'est "évidemment pas le débat sur l'indépendance", a ajouté lundi le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur RMC: "L'autonomie c'est à la fois la décentralisation pour l'Outre-mer et ça pourrait s'apparenter à un statut comme la Polynésie française qu'on a aujourd'hui".

Si ela ne veut pas dire aller vers l'indépendance, cela veut aller vers un statut qui pourrait par exemple ressembler à celui de la Polynésie française.

L'archipel du Pacifique est doté de cette autonomie depuis bientôt 40 ans, une autonomie régulièrement renforcée depuis au point que l’on ne parle plus d’un territoire d’outre-mer, mais d’un “pays”. Un pays qui n’en est pas un, qui reste officiellement français. La France garde la main sur les questions de défenses de justices, d’ordre public, mais pour tout le reste, ce sont les institutions locales qui sont compétentes. La Polynésie à un Président, un gouvernement, une Assemblée.

Pour expliquer l'autonomie, prenons un exemple concret et d’actualité: l’obligation pour les soignants de se faire vacciner. Elle ne s’applique pas en Polynésie comme dans le reste de la France, mais l'Assemblée a voté en août une loi plus dure qui oblige à se faire vacciner tous les Polynésiens qui exercent un métier au contact du public. Décision qui s’applique à compter du 23 décembre. Dans le domaine de la santé, donc, Paris ne décide de rien, les décisions sont prises à Papeete.

Sébastien Lecornu aurait aussi pu citer comme modèle la Nouvelle-Calédonie. C’est le territoire français le plus autonome. Son statut est celui d’une collectivité “Sui Généris”. Cela veut dire “de son propre genre”. Autrement dit un statut particulier comparable à aucun autre. La Nouvelle-Calédonie à un Congrès, un gouvernement, un Président. Elle a aussi un Sénat coutumier qui traite de toutes les questions coutumières pour les Kanaks. L'île a aussi sa devise, c’est “terre de parole terre de partage'', et un hymne qui remplace la Marseillaise.

En Nouvelle-Calédonie, se pose surtout la question de l'indépendance après une quasi-guerre civile dans les années 80. Indépendance rejetée par les Calédoniens lors d'un référendum en 2018, puis lors d’un deuxième référendum en 2020 et un troisième est prévu le 12 décembre prochain. Il sera boycotté par les indépendantistes, officiellement à cause du Covid. En réalité, surtout, parce qu’ils n’ont pas envie de perdre une troisième fois.

Et qu’elle est le degré d’autonomie des autres territoires français ?

Il y a presque autant de statuts que de territoires. Quatre collectivités sont des départements ou des régions ou les deux en même temps, avec pas plus d’autonomie que les autres régions françaises, pas plus que la Corse par exemple. Ces quatre départements-régions sont la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion. Le principe, c’est que toutes les lois françaises s’y appliquent exactement comme en métropole.

Et puis d'autres territoires ont un statut différent avec plus de mesures dérogatoires. C’est Saint-Barthélemy, Saint-Martin, St Pierre et Miquelon ou encore Wallis-et-Futuna.

Sébastien Lecornu, qui ne reste que ce lundi en Guadeloupe va devoir préciser ce qu’il entendait en disant qu’il voulait ouvrir le débat de l’autonomie. Jusqu'où veut-il aller ? Pour l’instant, il n’a pas suscité l'enthousiasme sur place. Et en métropole, il a reçu un concert de critiques, la droite et l'extrême droite évoquant un recul et un abandon.

À gauche, Anne Hidalgo a fait remarquer que les Guadeloupéens manifestent actuellement pour avoir “Plus d’état”, et que le ministre arrive en leur proposant “moins d’état”.

Nicolas Poincaré