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Aux législatives, vous avez le permis de tuer!

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Dimanche se tient le 1er tour des élections législatives. Les experts s'attendent à une forte abstention, mais le scrutin peut avoir des enjeux décisifs. Electeurs, vous avez le permis de tuer!

Il ne faut pas se laisser abuser par le climat atone, le parfum de chloroforme qui entoure cette élection. Elle est évidemment décisive pour les 5 ans à venir ; si la campagne a été mortelle (d’ennui), le scrutin, lui, sera meurtrier. Au-delà de la question centrale – le PS pourra-t-il gouverner seul ?, plusieurs figures de notre vie politique jouent leur peau en une semaine. Regardez Hénin-Beaumont : le choc Le Pen-Mélenchon a parfois volé assez bas ; l’un des deux va tomber de haut. Peut-être les deux !

C'est en effet l'affrontement qui a focalisé l'attention. A votre avis, qui va l'emporter ?

La surprise, ce serait : ni l’un ni l’autre. D’après un sondage publié jeudi, le candidat du PS (Philippe Kemel) devancerait Jean-Luc Mélenchon et battrait Marine Le Pen au second tour. Même si elle est en tête, il ne semble pas que Marine Le Pen puisse être élue, donc elle va subir un coup très rude, surtout si le FN n’obtient aucun député (ce qui est très plausible). Jean-Luc Mélenchon, lui, quoi qu’en aient dit les socialistes, a pris un vrai risque. En fait, son combat est au sein de la gauche, contre le PS. S’il échoue, on pourra presque dire qu’il aura gaspillé le capital acquis durant la présidentielle – il est vrai que Jean-Luc Mélenchon et le capital…

D'autres figures nationales peuvent se retrouver au tapis, comme François Bayrou

François Bayrou a raté sa présidentielle ; s’il perd son siège de député à Pau, ce sera l’aboutissement d’une stratégie égocentriste (avec plus d’ego que de centrisme) et la fin de sa carrière politique – c’est plausible. Il y a aussi Ségolène Royal, qui se voit déjà présider l’Assemblée mais qui n’est pas sûre… d’y siéger. Elle peut être devancée à La Rochelle par un dissident PS qui, contre elle, recevra le soutien de la droite et… de Lionel Jospin. A droite, NKM joue une partie de son avenir dans l’Essonne. Dans les Hauts-de-Seine, Rama Yade, elle, ne court plus déjà que derrière son passé d’étoile filante du sarkozysme...

Il y a aussi le sort des ministres candidats. Est-ce que plusieurs d'entre eux peuvent être battus ?

26 sont en lice, la plupart dans des fiefs de gauche. Trois sont en danger : Sylvia Pinel (Tarn-et-Garonne), Stéphane Le Foll (Sarthe) et Marie-Arlette Carlotti (Bouches-du-Rhône). Pour la 3è circonscription, son duel contre Renaud Muselier, homme fort de l’UMP à Marseille, sera doublement décisif. Si Carlotti est battue, elle quittera le gouvernement et Muselier sera le grand favori pour la mairie de Marseille en 2014. Si elle gagne, Muselier perd toute chance et la droite sera décapitée… Dernier détail passé presque inaperçu : la majorité absolue est à 289 sièges. Si le PS l’obtient de peu mais que la plupart de ses ministres sont élus, il n’aura pas de majorité effective pendant un mois – le temps que les suppléants puissent siéger à leur place, en vertu du Code électoral. Du coup, Jean-Marc Ayrault ne pourra pas se faire voter la confiance par l’Assemblée. Il n’en mourra pas, lui, mais son discours de politique générale risque d’apparaître… mortel.

Pour écouter le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 8 juin, cliquez ici.

La Rédaction