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Ben Laden n'est pas mort !

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Au lendemain de l’annonce de la mort d’Oussama ben Laden, beaucoup de questions restent posées, aussi bien sur les circonstances de sa mort que sur l’avenir d’Al Qaida. Mais une chose est sûre: Ben Laden n’est pas mort.

Il ne faut évidemment pas prendre cette assertion au premier degré. Si Ben Laden n’est pas mort, ce n’est pas parce que la télévision n’a pas montré son cadavre (encore qu’il est légitime de s’interroger, j’y reviendrai). Non, c’est d’abord parce qu’il laisse derrière lui un bilan qui va très au-delà du 11 septembre. Son nom restera associé à la terreur et au fanatisme, et nous vivons, de fait, depuis 10 ans, dans un monde hanté et transformé par la menace : parce que Al Qaida continue de sévir et de faire des émules, en Afrique et au Maghreb, et parce que les démocraties se sont pliées à un modèle sécuritaire qui a souvent rogné les libertés individuelles. Notamment lorsqu'elles n’ont pas fermé les yeux sur les tortures, les séquestrations, les guerres injustes (l’Irak), sur Guantanamo ou les prisons secrètes de la CIA… Tout cela, c’est à Ben Laden que nous le devons. Ça ne va pas disparaître avec lui.

Est-ce que les circonstances dans lesquelles il a été tué par les soldats américains peuvent aboutir à faire de lui un martyr ?

C’est surtout l’absence de transparence autour de l’opération qui ouvre un boulevard aux propagandistes. On sait que le complotisme fait fureur, notamment sur Internet, et le mystère de ces funérailles vite expédiées et de ce corps à jamais invisible sont en fait une aubaine pour ceux qui refusent par principe les versions officielles. C’est le nouveau visage du révisionnisme. Des milliers de personnes à travers le monde préfèrent croire les élucubrations de quelques dingues qui ont décortiqué des images du 11 septembre dans un garage plutôt que les rapports des experts, de la justice et des commissions d’enquête, qui sont pourtant loin d’être complaisants avec les autorités américaines. Dans ces conditions, on peut regretter que les Américains se soient débarrassés aussi vite du corps de Ben Laden. Mais on doit aussi se demander s’ils n’ont pas considéré que l’image était plus dangereuse que le mystère.

Cela veut-il dire que le cadavre n’était pas en état d’être montré ?

Ce qui paraît évident, c’est que les Etats-Unis n’ont pas voulu offrir une sépulture classique à leur ennemi, pour éviter que sa tombe devienne un lieu de pèlerinage, de culte. Quant à l’escamotage du cadavre, la seule explication logique serait en effet que sa présentation aurait risqué de choquer et d’attiser le sentiment anti-américain dans le monde arabe. D’ailleurs on peut supposer que c’était le but recherché par ceux qui ont diffusé hier la photo truquée d’un visage ravagé, qui a été montrée au départ par la TV pakistanaise. On était déjà dans la manipulation. En 1967, la photo du cadavre de Che Guevara avait été diffusée pour prouver qu’il était bien mort. Aujourd’hui, dans notre monde post-11 septembre, nous savons tous qu’une image ne suffit plus. Avec ou sans image, il y aura toujours des gens pour croire que Ben Laden n’est pas mort.

Peut-on penser que l’ordre était de tuer Ben Laden, et non de le capturer ?

On a le droit de le penser. Barack Obama s’est félicité au nom de la justice ; les principes auraient plutôt exigé un procès qu’une condamnation expéditive, mais on imagine toutes les raisons qui plaident contre la tenue d’un tel procès. Si l’on croit aux valeurs de la démocratie et de la justice, il faut sans doute accepter l’idée qu’il peut y avoir, pour les défendre, des exceptions, et que Ben Laden en était une.

Ecoutez «le parti pris» du mardi 3 mai avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC:

Hervé Gattegno