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Boom de l'application Gossip: "Ça me fait rire tant qu'il n'y a rien sur moi"

L'application Gossip est de plus en plus répandue dans les cours de récréation

L'application Gossip est de plus en plus répandue dans les cours de récréation - AFP

Plusieurs syndicats lycéens réclament l’interdiction de Gossip, une application qui consiste à échanger des potins de manière anonyme. Ils affirment que cette plateforme a induit un climat malsain dans plusieurs établissements scolaires et qu’elle favorise le harcèlement. Reportage au lycée Jacques Prévert de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

Commérages, rumeurs, ragots postés de manière anonyme en 140 caractères et lisible pendant seulement 10 secondes, possibilité de lire ceux postés par vos contacts ou ceux postés à leur sujet... Tel est le concept de l'application Gossip (potin en anglais). Une application qui fait fureur chez les adolescents. Lancée début mai, elle a été téléchargée près de 10 000 fois par jour depuis. Mais depuis mardi plusieurs syndicats lycéens réclament son interdiction, ils affirment que cette plateforme a créé un climat malsain dans plusieurs établissements scolaires et qu'elle favorise le harcèlement.

"Moi, on a dit que je sortais avec Nathanaël"

Car bien souvent, les rumeurs sont à caractère sexuel ou insultant comme a pu le constater RMC au lycée Jacques Prévert de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). "Elle, elle a couché avec lui"; "Elle a couché avec la moitié de Boulogne"; "Moi, on a dit que je sortais avec Nathanaël", peut-on entendre à la sortie de l'établissement en évoquant l'application. Julien a par exemple lancé une rumeur sur une fille de sa classe: "J'ai dit qu'elle avait tourné dans un film pour Jacquie et Michel (site de porno amateur, ndlr)".

Un message posté anonymement mais qu'il assume difficilement en public, même si ça en fait rire certains. "Moi j'ai pu lire des trucs comme quoi untel avait des amis grâce à son argent, des insultes sur les physiques, etc. Mais, honnêtement moi ça me fait rire. Ce n'est pas très gentil c'est vrai mais tant qu'il n'y a rien sur moi", assure Yasmina, élève en terminale.

"C'est une application à problèmes"

En revanche, pour les victimes, la situation est parfois compliquée à gérer. C'est le cas par exemple de Juliette. "Sur moi, il y a eu des propos homophobes. C'est blessant. Je n'ai pas trouvé ça drôle du tout. Il faut que je prenne un rendez-vous pour pouvoir aller porter plainte", indique-t-elle. Elise, élève de terminale, a, pour sa part, refusé de télécharger cette application: "Personnellement, ça me fait peur parce que les gens de nos jours se fient trop aux rumeurs. Pour moi, c'est une application à problèmes. Elle peut détruire une personne. Il vaut mieux ne pas l'avoir".

Si Gossip séduit une majorité d'adolescents, les enseignants, eux, s'inquiètent. "C'est un fléau dans la mesure où cela instaure un climat malsain dans les établissements, estime Eliott Nouaille, président du syndicat général des lycéens. C'est drôle pour ceux qui sont derrière l'écran et ne vont pas se faire insulter. Mais il s'agit là d'attaques qui peuvent, parfois, conduire les élèves à ne plus venir en cours comme on a déjà pu le constater". Si pour l'heure, de manière temporaire, Gossip n'est plus accessible, les syndicats appellent le gouvernement à interdire une bonne fois pour toute cette application en France.

Maxime Ricard avec Romain Poisot