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Ça n'a jamais été aussi compliqué pour les PME d'être payées à temps

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Les deux tiers des entreprises en France paient leurs fournisseurs et sous-traitants en retard, selon un rapport du ministère de l'Économie et du cabinet Altares publié lundi. Des retards de paiement sont actuellement au plus haut depuis 10 ans. RMC a rencontré une PME confronté à ce problème qui mène parfois à la faillite.

Imaginez que l'on vous paye une partie de votre salaire avec plusieurs semaines voir plusieurs mois de retard. Vous ne l'accepteriez pas. Et bien c'est ce qui arrive de plus en plus aux PME. Les deux tiers des entreprises en France paient leurs fournisseurs et sous-traitants en retard. Ces retards de paiement sont actuellement au plus haut depuis 10 ans, selon un rapport publié lundi 29 septembre par la médiation inter-entreprises (du ministre de l'Économie) avec le cabinet Altares.

Parmi ces mauvais payeurs, les grandes entreprises sont majoritaires. Les 120 plus grands prestataires (privés et publics) paient leurs fournisseurs avec en moyenne 13,6 jours de retard. Service comptabilité externalisé à l'étranger, procédure administrative très lourde ou augmentation de trésorerie : tous les moyens sont bons pour retarder les délais de paiement. Et le manque à gagner est énorme : fin juillet, ces grands groupes devaient ainsi 3,874 milliards d’euros à leurs fournisseurs, un chiffre en hausse de 11,7% sur un an.

"On me répète tout le temps : 'votre facture a été réglée ce matin'"

Ces gros prestataires qui tardent à payer leur dû, Cédric Alexandre les connaît bien. RMC a rencontré ce patron d'une PME de location de voitures qui emploie 25 salariés, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Si les commandes de Cédric sont nombreuses, ses factures payées à temps le sont beaucoup moins. "Normalement nos conditions de règlement sont à 30 jours, mais il est rare d'avoir des factures réglées au trentième jour. Le délai le plus important a dépassé… un an".

Toutes les prétextes sont bons pour retarder au maximum l'échéance de paiement. "Il doit y avoir trois signatures sur la facture, donc on me dit que les trois personnes qui doivent signer ne sont jamais là en même temps. On me dit aussi souvent : 'votre facture a été réglée ce matin'. Mais étrangement quand on appelle deux semaines après, on nous dit encore 'elle a été réglée ce matin'. Il y a toujours une bonne excuse", s'agace Cédric Alexandre.

Alors il relance, encore et toujours, les mauvais payeurs. "Mes comptables utilisent une grosse partie de leur temps pour relancer les clients en retards de règlement. Ça représente l'équivalent d'un mi-temps d'un comptable".

Un quart des faillites dues à des retards de paiement

Pour Frédéric Grivot, vice-président de la CGPME, les patrons doivent fixer des règles rigoureuses pour éviter ce genre de situation. "Il ne faut pas oublier de faire un contrat en bonne et due forme, dans lequel seront stipulés les modalités de paiement, les pénalités et intérêts de retards. On voit trop souvent des entreprises arriver au stade final, c’est-à-dire devant un tribunal pour déposer le bilan". En effet, un quart des faillites d'entreprises sont dues à des retards de paiement. Et si chaque facture était payée à l'heure, environ 100.000 emplois pourraient être créés dans les PME.

Philippe Gril avec Léa Zacharie