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"Ces voraces qui nous gouvernent": la dérive des salaires des hauts fonctionnaires sous Macron dénoncée dans un livre

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Cumuls, conflits d'intérêts et salaires monstres: les excès des hauts fonctionnaires sont dénoncés dans un livre.

Un livre choc, Les Voraces de Vincent Jauvert, dénonce les dérives de la haute fonction publique sous Emmanuel Macron: le niveau de revenu des très hauts-fonctionnaires, les cumuls et les conflits d'intérêt. Que leur reproche-t-on?

Concernant les revenus, les salaires des très hauts fonctionnaires ne sont pas publics parce qu’ils ont échappé de justesse à l’obligation de déclaration à la haute-autorité pour la transparence de la vie publique. Donc on ne publie pas les salaires de ces grands commis de l’Etat contrairement aux élus.

Sauf que la plus grande partie des élus et des ministres sont issus de la haute fonction publique. Et eux ont été obligés de tout publier.

Wargon, Borne, Loiseau à plus de 12.000 euros par mois

Et c’est comme cela que l’on apprend que Emmanuelle Wargon avant d'être secrétaire d'Etat était déléguée à l’emploi et à la formation professionnelle et gagnait 16.900 euros.

Qu’Elisabeth Borne quant elle était directrice de cabinet de Ségolène Royal gagnait 12.514 euros net. Plus que sa ministre. Et plus que ce qu’elle gagne aujourd’hui comme ministre: 8.767 euros net.

Que Nathalie Loiseau, aujourd’hui députée européenne, gagnait 13.250 euros net comme patronne de l’ENA. Plus que le président de la République. Qu’un maire gagnait 15.000 euros net lorsqu’il était directeur du centre d’analyse stratégique. S’il n’avait pas été élu maire on ne l'aurait pas su.

Un autre élu a dû révéler que comme haut-fonctionnaire à l'Assemblée nationale il était payé 19.000 euros. Vincent Jauvert avait déjà révélé dans ses livres précédents que le poste de fonctionnaire le mieux payé de France, c’est directeur des finances publiques d’Île-de-France à 21.000 euros net. Mais qu’avec les primes le fonctionnaire qui touche le plus est l’ambassadeur de France en Afghanistan qui émarge à 29.000 euros.

Cumuler n'est pas interdit

Ce qui n'empêche pas certains hauts-fonctionnaires de cumuler. Parce que curieusement, on a interdit aux députés et aux sénateurs d'être maire de leur communes ou président d’un département, mais pas aux hauts fonctionnaires.

Le maire de Toulouse, par exemple, Jean-Luc Moudenc, est aussi haut fonctionnaire à Bercy. Il est au contrôle général économique et financier, qu’on appelle le cimetière des éléphants. Il gagne 6.000 euros net comme maire de Toulouse et 8.000 comme fonctionnaire. Soit 14.000 net. Plus que le président de la République.

Autre exemple. Hervé Gaymard, président du département de la Savoie. Et administrateur Hors classe au ministère des finances. 4.508 euros comme élu et 7.850 comme fonctionnaires. Le cas d’Hervé Gaymard est intéressant. Parce qu’il a été ministre des Finances avant de redevenir employé du même ministère. Il a longtemps aussi été député. Et pendant cette carrière politique il était en détachement et non pas en disponibilité.

Quelle est la différence entre détachement et disponibilité?

La différence c’est que quand vous êtes en détachement de la fonction publique, vous n'êtes pas payé certes, mais votre carrière se poursuit. Vous gravissez les échelons à l'ancienneté et vous marquez vos points retraite.

C’est pour cela qu’Hervé Gaymard qui avait quitté la fonction publique pendant 24 ans puis est revenu avec le plus haut grade. Administrateur hors classe.

C’est comme cela aussi que Jacques Chirac ou François Hollande ont pu toucher une retraite complète de conseiller à la cour des comptes sans y avoir jamais mis les pieds ou presque.

Quand il était à l’Elysée, François Hollande était fonctionnaire de la Cour des comptes en détachement à la présidence de la République. Il se préparait deux retraites complètes.

Pantouflages et rétro-pantouflages: ces allers-retours entre public et le privé

Enfin, il y a la question des hauts fonctionnaires qui font des allers retours entre le privé et le public. En monnayant dans le privé leur carnet d’adresse constitué dans le public souvent à la limite du conflit d'intérêt. On appelle le pantouflage lorsqu’on quitte la fonction publique et le rétro-pantouflage lorsqu’on y revient.

Et l’exemple vient d’en haut. Les deux têtes de l'exécutif et leurs deux bras droit sont des pantoufleurs, rétro-pantoufleurs. Emmanuel Macron, inspecteur de finances, puis banquier, puis retour à Bercy.

Son Premier ministre Edouard Philippe, conseiller d’Etat, puis lobbyiste pour Areva puis retour dans le public. Même parcours pour le secrétaire général de l'Elysée et pour le directeur de cabinet de Matignon.

Tout cela a toujours existé mais pas a ce niveau-là. Vincent Jauvert dans ce livre Les voraces, estime que jamais les élites qui dirigent notre pays et qui sont arrivées dans le sillage d’Emmanuel Macron n’ont été aussi riches et obnubilées par l’argent.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)