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Charge de Guaino contre les juges: "On peut craindre pour le fonctionnement de la démocratie"

Henri Guaino

Henri Guaino - AFP

REACTIONS - Le député Les Républicains Henri Guaino, condamné il y a une semaine en appel à une amende pour outrage envers le juge Jean-Michel Gentil, a lancé mercredi à l'Assemblée nationale une charge contre certains juges "pervers" et "psychopathes". Des propos qui ont créé une vive polémique.

Sa récente condamnation à 2.000 euros d'amende pour diffamation à l'encontre du juge d'instruction Jean-Michel Gentil a semble-t-il rendu amère Henri Guaino. Le député des Yvelines a livré une charge violente à l'encontre de la magistrature et de la justice lors de la séance de questions au gouvernement mercredi à l'Assemblée nationale. "Dans la magistrature, il y a des gens qui honorent leur fonction. Il y aussi des pervers et des psychopathes", a-t-il notamment lancé. Une manière de régler ses comptes qui est loin d'être du goût de tout le monde.

"Ce qui est invraisemblable, c'est de privatiser, pour se plaindre d'une situation individuelle, les questions au gouvernement, estime notamment Sandrine Mazetier, députée PS de Paris et vice-présidente de l'Assemblée nationale. Alors qu'il a été récemment condamné pour outrage à magistrat, M. Guaino récidive et insulte à longueur de temps les magistrats". "Même s'il ne risque aucune condamnation car ses propos ont été tenus dans l'enceinte de l'hémicycle, ce qu'il savait très bien, cela n'en reste pas moins choquant", ajoute-t-elle.

"Il a sa liberté de parole"

"Lorsque les représentants du pouvoir législatif commencent à incriminer des juges, on peut craindre pour le fonctionnement même de la démocratie. Parce que, malgré tout, ce n'est pas leur rôle", considère, pour sa part, Emmanuel Poinas, délégué général du syndicat FO-Magistrat. Et de rappeler: "En principe l'Assemblée nationale est un lieu où l'on est censé faire progresser le pays, la loi, le respect des institutions. Or, les propos d'Henri Guaino vont contribuer à diminuer la confiance et à laisser penser que la justice ne fonctionne pas normalement".

Toutefois, Henri Guaino peut compter encore sur quelques soutiens. C'est le cas par exemple de Bernard Debré, député Les Républicains de Paris, pour qui l'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy n'a pas eu d'autre choix que de s'exprimer dans l'hémicycle, car lorsqu'il critique la justice dans la presse, il est condamné. "Est-ce que c'est l'Etat de droit d'empêcher un député de parler, s'interroge-t-il. Il a sa liberté de parole. Nous sommes les représentants du peuple et il ne pourrait avoir sa liberté de parole que dans l'hémicycle et pas en dehors! Cela pose donc un problème: celui de la liberté d'expression d'un député".