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Chevènement à la tête de la Fondation pour l'islam? "Il y a une ingérence dans la pratique du culte"

Jean-Pierre Chevènement est pressenti pour prendre la tête de la Fondation pour l'islam de France. Un choix qu'a déploré jeudi sur RMC Marwann Muhammad, directeur du Collectif contre l'islamophobie en France.

Le gouvernement a ces dernières semaines lancé plusieurs appels à "reconstruire l'islam de France". Une mission qui passerait notamment par la réactivation de la Fondation pour l'islam de France, créée en 2005. L'exécutif a fait part de sa volonté de voir Jean-Pierre Chevènement prendre la tête de cet organisme qui serait chargé, entre autres, de centraliser les financements pour la construction des mosquées. Mais ce choix porté sur l'ancien ministre de l'Intérieur et donc ministre des cultes est contesté par Marwann Muhammad, directeur du Collectif contre l'islamophobie en France.

"Ca ne fait pas de lui la personne la plus légitime et la plus compétente sur le sujet. On a 4,2 millions de musulmans, peut-être que la parole des musulmans serait pertinente sur le sujet", suggère-t-il jeudi sur RMC.

"Un instrument de plus pour contrôler les musulmans"

Un candidat "légitime" à la fonction de président de cette fondation serait pour lui quelqu'un qui ait "une connaissance des différents courants de l'islam" et qui puisse "rendre compte de toute la diversité" au sein des fidèles musulmans. Surtout, il plaide pour que cette personnalité soit "indépendante du pouvoir politique".

Une indépendance qui ne peut se retrouver au sein de la Fondation pour l'islam de France estime Marwann Muhammed qui conteste l'idée même de cette organisation. 

"Cette fondation va être un instrument de plus pour contrôler et mettre sous surveillance les musulmans dans le financement de leurs lieux de culte, dans leurs moyens d'organisation", poursuit-il. 

Il déplore une "ingérence directe dans la pratique du culte" et "deux poids deux mesures" de la part des autorités. "D'un côté on nous explique qu'il ne faut pas faire d'amalgame entre musulmans et le terrorisme et de l'autre côté la première chose qu'on demande c'est une réorganisation de l'islam de France, on souffle un peu le chaud et le froid", regrette-t-il. 

Pour une "direction collégiale" des institutions musulmanes

L'institution qui pourrait représenter les musulmans autour de cette reconstruction de l'islam de France devrait s'inspirer selon lui de la tribune récemment publiée dans le JDD par des intellectuels français musulmans. Ils y critiquaient l'organisation actuelle de l'islam de France et proposaient de réformer le CFCM.

"Parmi eux il y a des hommes et des femmes qui sont très compétents, peut-être que les consulter sur le sujet, réaliser un petit groupe de travail là-dessus, faire une large consultation des premiers intéressés dans la société civile serait une façon de tirer de cette mauvaise opportunité quelque chose de positif", propose Marawann Muhammed.

Plutôt qu'une personnalité imposée par le pouvoir, il souhaite que l'organisation de l'islam de France adopte "une direction collégiale".

C. B