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"Comme si plus personne ne savait qu’avant j’étais un garçon": la rentrée presque comme les autres de Lilie, 8 ans, transgenre

Lilie a 8 ans: elle vient de faire sa rentrée en CE2 à l’école municipale d’Aubignan, dans le Vaucluse.

Elle a de jolies boucles blondes, des oreilles percées et un prénom de petite fille, pourtant sous ses vêtements, Lilie cache un corps de garçon. Mais plus question d’être considéré comme tel. Elle l’a annoncé cet été à ses copains et ses copines.

“Je leur ai expliqué que j’étais une fille, que j’étais née dans un corps de petit garçon, mais que je voulais être une fille. C’est comme si plus personne ne savait qu’avant j’étais un garçon”, explique-t-elle. 

Ses parents Guillaume et Christelle, eux, le découvrent en février dernier. Cela fait alors quatre mois qu’ils sont démunis face à la détresse de leur enfant.

“On pensait que c’était parce qu’elle avait changé d’école, donc on a essayé de la réconforter. Mais c’est allé crescendo. Elle nous a dit plusieurs fois par jour disait que sa vie était nulle. Et puis ça a empiré encore avec des pensées suicidaires, des phrases à tire-larigot comme ma vie est tellement nulle que je préférerais mourir. Et puis avec un travail de discussion, on a pu faire en sorte qu’un soir au moment du coucher, ça sorte”, indique la mère. 

Des idées stéréotypées

“Ca fait quand même un choc d’entendre ça. On en a bien discuté en positif parce que ça lui a permis de se libérer et elle a changé de comportement du jour au lendemain”, assure le père. S’en suit, l’annonce aux amis, à la famille. Et dans la vie quotidienne, c’est comme une renaissance pour Lilie.

“Quand elle est allée se faire percer les oreilles, on l’a appelée mademoiselle. J’ai vu dans ses yeux une espèce d’assurance qui s’est créée ce jour-là. Parce qu’elle s’est dit oui, c’est possible”, précise Chrystelle.

Ses parents se réjouissent de cet épanouissement, ils ont déjà consulté un pédopsychiatre et pour la suite, ils la soutiendront quoi qu’il arrive. “On ne sait pas si ça va durer pour elle. On sait qu’il y a des gens qui se sentent fille à cette époque de leur vie et qui après à nouveau se sente garçon. Elle le sait, on suivra ses ressentis profonds”, précise la mère. 

Sa maman Chrystelle le reconnaît, elle-même avait des préjugés sur les personnes transgenres. "C’est vrai que c’est un sujet qu’on aborde très peu. J’avais des idées un peu stéréotypées, je voyais des hommes déguisés en femmes. Mais j’ai très vite changé d’idée parce que ma fille, ce n’est pas un travesti”, assure-t-elle.

Chrystelle et Guillaume ont entamé les démarches pour changer son prénom à l'état-civil. En attendant, l’académie vient d’autoriser sa maîtresse à l’appeler Lilie, en classe. 

Reportage récompensé par le Prix Varenne

Ce reportage RMC a été réalisé par Caroline Philippe et a été récompensé par le Prix Varenne.

Depuis 1989 la Fondation Varenne à travers ses 7 concours nationaux et internationaux, promeut, encourage et récompense les métiers du journalisme.

Caroline Philippe avec Guillaume Descours