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Comptes de campagne de Sarkozy : l'erreur de calcul du PS

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Les socialistes vont relancer cet après-midi à l’Assemblée la polémique sur les frais de campagne de Nicolas Sarkozy, qu’ils accusent de profiter du statut présidentiel pour faire campagne sur les fonds publics. En se focalisant sur les comptes du président-candidat, le PS fait une erreur de calcul.

C’est un calcul impossible : comment distinguer ce qui relève de l’exercice présidentiel de ce qui appartient au registre du candidat ? Dans l’absolu, on peut en effet déplorer que le chef de l’Etat profite de ses déplacements officiels pour faire campagne – il en a d’ailleurs nettement augmenté le rythme – mais le problème est insoluble : il suffit qu’il se félicite de son bilan ou qu’il rappelle telle ou telle réforme et on dira que c’est le candidat qui parle. Même chose quand il remet des décorations à l’Elysée et que les petits fours sont payés avec de l’argent public. Quand il va à Marseille au chevet d’un policier blessé, c’est le président qui représente l’Etat et c’est aussi le candidat qui veut montrer son attachement à la sécurité. On ne peut pas diviser ce qui est indivisible.

Est-ce que ce serait plus simple si Nicolas Sarkozy se déclarait candidat ?

Tout le monde sait qu’il est candidat. Et s’il se déclarait, ça ne réglerait pas le problème puisqu’il serait toujours président ! L’ambiguïté existe dès lors que le chef de l’Etat se représente. Elle a d’ailleurs été reprochée à tous les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy – y compris De Gaulle. Quand Nicolas Sarkozy prononce deux discours sur la crise à Toulon, à 3 ans d’intervalle, il est net que le 2è a eu un ton plus politique, plus polémique que le 1er. Ce sont quand-même deux discours de président. Donc toute l’organisation a été payée avec des fonds publics. Sur le principe, ce n’est pas différent des grands buffets offerts par tous les maires de France à l’approche des municipales. Est-ce qu’on veut réglementer ça aussi ? Il vaut mieux avoir des candidats obsédés par l’éthique que par l’arithmétique.

Ce qui agace les socialistes, c’est que le gouvernement veut aussi réduire de 5% le remboursement des frais de campagne qui seront remboursés aux candidats.

Disons que cette mesure a tout l’air d’un gadget pour flatter le poujadisme ambiant. Pour être vraiment significative, l’économie aurait dû aller jusqu’à 10% ou 15% : ça obligerait les candidats à diminuer sensiblement leurs dépenses. Il n’empêche que l’effort représente plusieurs millions d’euros et qu’en temps de crise, le symbole n’est pas complètement inutile ; donc le PS n’a pas grand-chose à gagner à le contester. Mais peut-être qu’à défaut de limiter ses apparitions, Nicolas Sarkozy pourrait aussi montrer l’exemple : en n’utilisant pas systématiquement l’Airbus présidentiel pour ses déplacements en province. Le TGV, c’est moins cher… et plus écologique.

Les socialistes cherchent-ils une mauvaise querelle à Nicolas Sarkozy ?

En tout cas, c’est une polémique un peu mesquine. Bien sûr qu’être candidat en étant en fonction, ça offre des avantages – disposer, dans une certaine mesure, des moyens de l’Etat en est un. Représenter la France dans les réunions internationales en est un autre. Mais quand on est président et candidat, il y a une autre différence avec ses rivaux : on ne part pas seulement en campagne avec un projet, mais aussi avec un bilan. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, c’est plus probablement un handicap.

Écoutez le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce lundi en podcast.

Hervé Gattegno