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Contrats avec l'Arabie Saoudite: "C'est indécent", juge Amnesty international France

La France a signé pour 10 milliards d'euros de contrats avec l'Arabie Saoudite, mardi. Des accords commerciaux qualifiés d'"indécent" par la présidente d’Amnesty international France, invitée ce mercredi de Jean-Jacques Bourdin.

On peut s'en réjouir si l'on est adepte de la Realpolitik. Mais si l'on pense droits de l'homme, la signature par l'Arabie Saoudite de 10 milliards d'euros de contrat avec la France choque. "C'est indécent, surtout quand il s'agit d'armement", a réagi ce mercredi sur RMC Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty international France. La présidente de l'ONG rappelle que l'Arabie Saoudite a pris depuis mars la tête d'une coalition militaire de pays arabes au Yémen, où sunnites et chiites s'affrontent. Or, cet armement sert "à bombarder des villages".

"Le bilan que l'on fait du commandement de la coalition des pays arabes au Yémen est catastrophique : 4.000 tués depuis mars, dont 2.000 civils. Des frappes ciblent directement des civils", s'insurge Geneviève Garrigos qui appelle "à cesser toutes livraisons d'hélicoptères, d'avions et d'armement qui pourraient être utilisés contre des civils". Selon l'ONU, cette guerre a fait 5.000 morts depuis six mois. Amnesty International réclame d'ailleurs "une enquête internationale", estimant que des crimes de guerre ont été commis par la coalition menée par l’Arabie saoudite, "armée entre autre par les États-Unis".

"Record d'exécutions en Arabie Saoudite cette année"

Au-delà de cet aspect militaire, l'Arabie Saoudite est également pointée du doigt pour bafouer les droits de l'homme sur son territoire. "L'année dernière il y a eu en Arabie Saoudite 90 exécutions, cette année on en est déjà à 133 - un record, la plupart par décapitation et pour des crimes qui ne sont même pas des crimes de sang, rappelle Geneviève Garrigos. Si on exclut la Chine, après l'Iran, l'Arabie Saoudite est le pays qui exécute le plus de monde".

Manuel Valls assure avoir fait "passer des messages" aux autorités saoudiennes sur les droits de l'Homme, estimant que la "relation de confiance" qui existe entre la France et le royaume n'empêchent pas de rappeler certains principes. Insuffisant, selon la présidente d’Amnesty international France. "Ça me choque qu'il n'y ait pas de contreparties". "Se réjouir alors qu'on ne fait pas avancer ce pays dans le respect des droits, il y a un côté indécent. Quand l'État islamique décapite on s'insurge et c'est normal, mais quand c'est l'Arabie Saoudite on reste très discret et on demande juste la suspension des exécutions", regrette Geneviève Garrigos.

Philippe Gril avec JJ. Bourdin