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Contrôle policier d'un handicapé: "C'est l'humiliation d'une vie"

Dans la vidéo postée sur Facebook, François Bayga apparaît assis par terre, en sous-vêtements, ses prothèses et béquilles posées à côté de lui.

Dans la vidéo postée sur Facebook, François Bayga apparaît assis par terre, en sous-vêtements, ses prothèses et béquilles posées à côté de lui. - Capture Facebook - Jean-Didier Bakekolo

TÉMOIGNAGE - Un homme handicapé, amputé d'un bras et des jambes, a été filmé en sous-vêtements, sans ses prothèses, après un contrôle de police, dans une vidéo devenue virale. RMC a rencontré la victime présumée qui se dit, aujourd'hui, profondément meurtrie.

La vidéo a été vue plus de 190.000 en quatre jours. Un contrôle de police sur un handicapé fait polémique. Une vidéo publiée sur Facebook affole Internet depuis sa mise en ligne, mardi. Son contenu: un contrôle d'identité qui tourne mal lundi.

On y distingue trois policiers quittant un quai de la gare de Lyon, à Paris, laissant derrière eux un homme amputé des jambes et d'un bras, assis par terre, en sous-vêtements. Ses prothèses et béquilles sont posées à côté de lui.

"Il y a eu un problème de communication"

Si la scène est choquante, la vidéo ne montre pas non plus de bavure policière. Mais elle la sous-entend largement. Le Défenseur des droits, saisi par le Collectif contre contrôle au faciès a décidé d'ouvrir une enquête.

RMC a rencontré la victime présumée qui se dit, aujourd'hui, complètement humiliée. François Bayga a perdu ses deux jambes et un bras dans un accident de train il y a 20 ans.

Lundi, à la gare de lyon, il a une envie pressante mais il se déplace trop lentement pour aller jusqu'au toilette donc il se soulage dans une poubelle sur le quai. Trois policiers assistent à la scène et interviennent.

"Je n'avais pas d'autres solutions que de faire pipi là où il fallait", confie-t-il au micro de RMC. "Les flics sont tombés sur moi, ils m'ont dit mettez-vous au mur. Il y a eu un problème d'écoute et de communication".

"La situation m'a fait vraiment mal"

L'homme se retrouve alors au sol, sans ses prothèses, démuni et humilié.

"La situation m'a fait vraiment mal, parce que c'est l'humiliation d'une vie", lâche François Bayga.

Aujourd'hui, il veut tourner la page et pardonner. C'est aussi l'état d'esprit du président de son club handisport de rugby, Ryadh Sallem.

"On ne veut pas qu'à un moment donné, on mette les personnes handicapées contre la police. Il y a tellement de gens qui sont les uns contre les autres", explique Ryad Sallem à RMC. "Nous, on a juste envie de dire: ok, on reconnaît nos erreurs. Comment on avance?"

François Bayga avait d'abord porté plainte contre la police. Une plainte qu'il pense maintenant retirer. En France depuis 2013, ce Camerounais d'origine habite dans un centre d'hébergement à Paris. Il a l'aide médicale d'Etat (AME) mais "pas de papier". Il a fait des demandes, toutes rejetées. Il a déposé un appel à la préfecture il y a un mois et demi.

C. P. avec Charlotte Peyronnet