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Défiance envers les médias: "Les journalistes sont comme les politiques, ils se ressemblent tous"

Selon le baromètre annuel du quotidien La Croix, la crédibilité de la télévision et de la presse écrite a baissé de 7 points (à 50%) cette année. (Photo d'illustration).

Selon le baromètre annuel du quotidien La Croix, la crédibilité de la télévision et de la presse écrite a baissé de 7 points (à 50%) cette année. (Photo d'illustration). - Fred Dufour - AFP

La confiance des Français dans les médias s'est encore érodée cette année, selon le baromètre publié ce mercredi par le quotidien La Croix. La radio reste le média le plus crédible aux yeux des sondés, loin devant Internet. Patrick Eveno, le président de l'Observatoire de la déontologie de l'information, et le journaliste Jean Quatremer ont réagi sur RMC à cette défiance.

La confiance des Français dans leurs médias s'est de nouveau effritée cette année. Selon le baromètre annuel du quotidien La Croix, la crédibilité de la télévision et de la presse écrite a baissé de 7 points (à 50%), et celle de la radio, média jugé le plus crédible par les Français, a baissé de 8 points (à 55%). Le média dans lequel les Français ont le moins confiance, c'est Internet, dont la crédibilité baisse elle aussi de 8 points (à 31%).

Il faut dire que l'an passé, les Français s'était rapproché de leurs médias après le traumatisme de l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo. Cette année, la défiance est revenue à ses niveaux malheureusement habituels. Si l'intérêt pour les médias reste fort (à 70%), de plus en plus de Français jugent que les journalistes ne sont pas indépendants vis-à-vis du pouvoir (+6 points, à 64%) et de l'argent.

"Une baisse de crédibilité à chaque gros évènement"

La crédibilité des médias baisse ? Patrick Eveno, président de l'Observatoire de la déontologie de l'information "n'est pas surpris". "A chaque fois qu'il y a de gros évènements en France, il y a une baisse de la crédibilité des médias, explique-t-il sur RMC. Cette année (marquée par les attentats de novembre), on a 8 points de moins. En 2002, après l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, on avait -10%. En 1995, après les grandes grèves on avait -15%".

Pour Patrick Eveno, cela s'explique par le fait que "les médias sont le reflet de la société et de son malaise. La confiance dans les médias et le reflet du malaise que l'on a vis-à-vis de la société".

"Tous des bobos blancs qui pensent la même chose"

Mais pour Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, l'explication est toute autre. S'il y a défiance, c'est aussi parce que les journalistes ne sont plus représentatifs de la société. "Comme les politiques se ressemblent, les journalistes se ressemblent", déclare-t-il chez Jean-Jacques Bourdin. "Depuis 25 ans, les journalistes sont en majorité blancs, issus de la classe moyenne supérieure, ont fait sciences-po et une école de journalisme... Il y a une unicité de la représentation médiatique en France qui est incroyable. A la rédaction du Monde, du Figaro, et de Libération, ce sont des bobos blancs, qui ont fait les mêmes écoles, pensent tous la même chose et ont les mêmes indignations". S'il cite les trois grands quotidiens, il fait "le même constat pour la télé et la radio". 

Jean Quatremer prend l'exemple des agressions sexuelles de migrants sur des habitantes de Cologne, en Allemagne. "Les journalistes ont tellement peur d'alimenter le racisme qu'on en vient à cacher la vérité. Ce qui est encore pire, puisque que les gens se disent : 'on nous ment'.

"Peur d'alimenter le racisme"

Deux arguments rejetés par Patrick Eveno. Sur la diversité, il juge que "le nouveau monde des médias, ce sont les chaînes d'info en continue, les sites internet", et que "là il y a beaucoup plus de diversité". Et sur les agressions commises par des migrants en Allemagne, il estime que Jean Quatremer "exagère". "Ce sont surtout les médias allemands qui ont caché les évènements de Cologne".

Pour améliorer l'image des médias auprès des Français, le président de l'Observatoire de la déontologie de l'information milite pour la création d'une "instance professionnelle et indépendante de régulation de la déontologie qui regroupe des journalistes, les entreprises et des représentants du public".

Philippe Gril avec les JJ Bourdin