RMC

Deliveroo, Foodora… Face à "l'esclavagisme moderne", les coursiers à vélo s'organisent

-

- - AFP

Ils sillonnent tous les jours les grandes villes de France à vélo pour livrer pizzas, burgers ou sushis. Ces coursiers à vélo estampillés Foodora, Deliveroo ou Tok Tok Tok sont obligés de prendre le statut d'autoentrepreneur, peu avantageux. Une association de coursiers, le Collectif coursier francilien, entend bien "faire tomber le système" et proposer une alternative.

Matthieu Dumas a travaillé pour toutes les entreprises de coursiers à vélo: Foodora, Deliveroo, Tok Tok Tok et feu Take Eat Easy. Et face à ce qu'il considère comme du salariat déguisé, il souhaite fédérer les coursiers à vélo en coopérative pour "faire tomber le système et le remplacer"

"Nous voulons faire tomber le système actuel puisque ces entreprises ne respectent pas le système de l'auto-entreprenariat. Nous voulons les obliger à respecter ce statut, les obliger à salarier les coursiers, ou faire en sorte que l'Etat crée un statut intermédiaire entre le salariat ou l'auto-entreprenariat.

"Un modèle économique qui ne fonctionne pas"

Pour moi ces entreprises-là n'ont pas à exister. On le voit bien avec la chute de Take Eat Easy. Si un investisseur se retire, ce sont des milliers de coursiers qui se retrouvent sur le carreau. Un système économique qui ne tient sur rien n'a pas à exister.

Le modèle économique ne fonctionne pas alors qu'ils ont des auto-entrepreneurs pour lesquels ils ne paient aucune charge, alors s'ils devaient payer des salariés et le double en charge, comment voulez-vous que ça tienne?

Je prône le remplacement de ce modèle. Il y a des boites de coursiers qui sont là depuis des années et qui n'ont jamais eu à fermer. Beaucoup de livreurs ne nous soutiennent pas parce qu'ils ont peur qu'il n'y ait rien pour remplacer le système actuel si nous le faisons tomber. Notre association cherche à monter un système de remplacement sous forme de coopérative. Chaque coursier aura une voix, quelle que soit son investissement de départ. Les coursiers seront les associés de l'entreprise.

"Le système de l'uberisation n'est pas une avancée"

C'est clairement de l'esclavagisme moderne comme tous les métiers qui ont eu le malheur d'être uberisés. Chez Deliveroo par exemple, on doit poser nos demandes de congé au moins trois jours à l'avance au moins. On m'en a déjà refusé. Et si on les prend quand même, ils nous prennent 10 euros par shift auquel on ne s'est pas présenté. Si on a un signalement comme quoi nous n'étions pas en tenue on nous retire 10 euros. On ne peut pas refuser de courses, on est noté, toutes ces choses sont normalement assimilées à du salariat (joint par RMC.fr, Deliveroo assure ne plus pratiquer de retenues sur revenus).

Nous sommes en train de regrouper les dossiers des anciens coursiers de Take Eat Easy pour lancer une grande action en requalification contre eux. Nous avons une vingtaine de dossiers.

Pour moi, ce n'est pas l'avenir, le système de l'uberisation nous fait revenir en arrière, avant que le droit du travail n'existe. Ce n'est pas une avancée. Nous avons été un pays très axé sur la protection sociale et ce système américain est en train de violer les traditions françaises."

PB