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Déserts médicaux: "Il faut des mesures contraignantes"

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Le Collectif interassociatif sur la Santé (Ciss), qui représente les patients, a préconisé mercredi de soumettre les médecins à "des autorisations d'installation" afin de mieux les répartir sur le territoire et de lutter contre les déserts médicaux.

Va-t-on devoir obliger les médecins à s’installer dans les déserts médicaux? Dans un sondage BAV pour le Collectif interassociatif sur la santé (CISS), publié mercredi, 30% des Français disent n'avoir pu obtenir un rendez-vous chez un généraliste dans un délai raisonnable. Ce chiffre grimpe à 55 % pour un spécialiste.

La faute "au manque de médecins dans les territoires, et notamment en province", d'après la conclusion du CISS.

Christian Saout, secrétaire général délégué de ce collectif était l’invité de RMC ce jeudi matin. Sa solution pour faire face aux déserts médicaux: encadrer l'installation des médecins grâce à une "carte sanitaire opposable".

"C'est l'idée de dire que pour un territoire donné, il y a une quantité de professionnels donnée", a-t-il expliqué. "En pratique, cela se solderait par une obligation d'installation. Ils seraient obligés de demander l'autorisation de s'installer à tel endroit. Les pharmacies sont soumises par exemple à autorisation d’installation."

"Aujourd’hui, il y a des déserts médicaux, et les médecins ne veulent plus s’installer dans ces endroits-là", poursuit-il. "Pourtant les Français ont payé une assurance maladie tous les mois, les entrepreneurs aussi. On paye des complémentaires. Tous les Français mettent 210 milliards d’euros, pour ne pas trouver des médecins là où ils habitent. Pour l’Education nationale, on met moitié moins, alors qu’on trouve des collèges et des universités un peu partout."

"Des zones sous-denses et sur-denses"

Le collectif dénonce par ailleurs "l'inefficacité des mesures incitatives, comme les aides financières à l'investissement ou à l'activité des médecins s'installant dans les zones en besoin". 

"Il y a aussi des désincitations", souligne Christian Saout. "En PACA, on a beaucoup de médecins sur les bords des côtes. Par contre, dès qu’on fait 30 kilomètres dans les terres, on trouve beaucoup moins de médecins. Le but serait que l’Assurance maladie ne prenne plus de nouveaux médecins conventionnés là où il y en a déjà trop. De manière à ce que les médecins qui ne seraient plus autorisés à s’installer dans les zones sur-denses aillent s’installer dans les zones sous-denses."

Mais où se situent ces "déserts médicaux" justement? On les retrouve le plus souvent en zone rurale. C’est le cas au pied des Pyrénées, dans le Comminges, et plus précisément dans la commune de Montréjeau, 3.000 habitants.

"Plus de solidarité"

Au début des années 80, ici, il y avait 10 médecins, aujourd’hui, ils ne sont plus que 7. Certains doivent partir à la retraite, comme le docteur Jean Claude Rakoto qui n’a pas trouvé de successeur.

"C’est vrai que j’aurais 30 ans, je ne m’installerais pas comme cela", confie-t-il. "C’est difficile de gérer cette clientèle tous les jours, On voit 30/40 personnes chaque jour.

Pour Estelle, mère de famille, enseignante, l’Etat devrait forcer les jeunes médecins à s’installer dans ces territoires. "Il faut des mesures contraignantes pour les personnels médicaux", estime-t-elle. "J’attends que l’Etat français les incite à venir s’installer dans ces petites communes. Je suis fonctionnaire, et on m’a imposé d’habiter ici. Il faudrait plus de solidarité à ce niveau-là."

Ce soir, le maire va réunir tous les professionnels de santé du secteur pour envisager la création d’une maison médicale - qui assurerait la permanence des soins - avec une dizaine de médecins.

Vincent Lefebvre et Jean-Wilfrid Forquès