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Budget: les vices cachés du plan Fillon

« Les coulisses de la politique » du lundi au vendredi à 7h20 sur RMC, avec Christophe Jakubyszyn.

« Les coulisses de la politique » du lundi au vendredi à 7h20 sur RMC, avec Christophe Jakubyszyn. - -

Hier, François Fillon a présenté son nouveau plan d'austérité pour les Français. Entre « l’exemplarité des ministres » et la hausse de l’impôt sur le revenu, il contient au moins deux vices cachés. Comme ceux d’une voiture qu’on vient d’acheter...

Le premier vice, c’est la roublardise. Le premier ministre nous a vendu hier l’exemplarité de ses ministres et du président de la République en expliquant que « leur salaire serait gelé jusqu'au retour à l’équilibre strict des finances publiques ». Certes, on ne parle pas de baisse des salaires, mais admettons que ce soit déjà un geste. Et on peut se dire qu’après tout, les ministres paieront eux aussi plus d’impôts et de TVA. Sauf que ce « geste », ce gel des rémunérations des ministres, n’en est pas vraiment un.

Un vrai-faux gel des salaires

En effet, la rémunération des ministres est calculée à partir de l’indice de la fonction publique qui est gelé depuis plus d’un an et qui sera encore gelé en 2012. J’ai vérifié : le salaire des ministres a bien augmenté très légèrement depuis un an, sous l’effet de la prise en compte des primes diverses de plus hauts salaires de la fonction publique mais vraiment de très peu. Autrement dit, c’est une promesse de François Fillon qui n’a aucune conséquence, surtout au cours des derniers mois d’exercice du pouvoir qu’il reste à l’actuel gouvernement. Evidemment, dans la communication gouvernementale, ça devient quelque chose d’énorme, un sacrifice exemplaire.

Au 20h, François Fillon corrige le tir

Nadine Morano disait hier : « Nous devons tous faire des efforts, se dire que tant que l’on n’est pas arrivé à réduire nos déficits publiques, nous ne serons pas augmenté. Et c’est la première fois que c’est fait ». Sans commentaire.
Sauf qu’hier soir c’était le branle-bas de combat au gouvernement lorsque des journalistes ont commencé à poser des questions soupçonneuses sur ce sujet du vrai-faux gel. Du coup François Fillon a un peu corrigé le tir sur le plateau du 20 heures de TF1 en expliquant que ce sacrifice vaut surtout pour le futur : « Ce gel est désormais décidé jusqu’au retour à l’équilibre complet de notre pays. Je rappelle que les comptes de la France n’ont jamais été à l’équilibre depuis 1975. C’est donc une mesure qui a une vraie signification ». Notons qu’une vingtaine de parlementaires vont proposer à leurs collègues la baisse de leur rémunération de 10%. La proposition sera discutée le 14 novembre. On verra si nos députés sont plus exemplaires que nos ministres.

La mesure cachée du plan: une hausse des impôts

L’autre vice, c’est la mesure la plus importante de ce plan d’austérité, avouée du bout des lèvres et placée au fond du communiqué : la hausse de l’impôt sur le revenu. En 2011 et en 2012 le gouvernement ne revalorisera pas les tranches de l’impôt du montant de l’inflation comme on le fait d’habitude. Deux conséquences : c’est la mesure la plus rentable. 3,4 milliards d’euros d’impôt en plus.
Deuxième conséquence : plus de Français paieront l’impôt sur le revenu. Car mécaniquement certains foyers jusque-là exonérés vont basculer au-dessus du plancher. Petite séquence nostalgie, souvenez-vous de ce que disait Nicolas Sarkozy en 2009 : « J’ai pas été élu pour augmenter les impôts. Si on veut augmenter les impôts dans notre pays, il y a tellement de candidats pour les augmenter que vous aurez l’embarras du choix aux prochaines élections ». Sans commentaire non plus. Si ce n’est que François Fillon a enterré hier les promesses de Nicolas Sarkozy.

Évidemment on comprend qu’il ne l’ait pas proclamé sur tous les toits.

Christophe Jakubyszyn