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Grève dans les centrales nucléaires: "On peut manquer d'électricité" selon Emmanuelle Wargon

Les alertes sur le marché de l'électricité se multiplient ces derniers mois en raison d'un contexte international tendu. La grève dans le secteur de secteur de l'énergie inquiète ainsi particulièrement les autorités, alors qu'un hiver compliqué est craint.

C'est la grève qui inquiète le plus les autorités: celle qui a commencé ces derniers jours dans les centrales nucléaires. Elle pourrait avoir des "conséquences lourdes" sur l'approvisionnement en électricité cet hiver, comme l'a indiqué mardi le gestionnaire du réseau de transports d'électricité français RTE. Et dans un contexte rendu extrêmement tendu en Europe en raison de la guerre en Ukraine...

Les salariés du groupe demandent d'augmenter les salaires au niveau de l'inflation, et de premières réunions bilatérales commencent ce mercredi entre les syndicats et la direction d'EDF.

Wargon: "Il est important que la grève s'arrête"

Une grève qui n'a, pour l'instant, pas d'incidence pour les consommateurs, mais elle retarde le retour en production de certains réacteurs. Mais chaque jour, l'équilibre énergétique est fragilisé, admettent plusieurs responsables syndicaux.

En effet, si l'essentiel des grévistes se mobilisent sur des réacteurs déjà à l'arrêt et influent sur la maintenance ou le rechargement de combustible, sur d'autres sites en fonctionnement, les protestataires diminuent la production.

Un mouvement qui inquiète aussi Emmanuelle Wargon, ancienne ministre et présidente de la commission de régulation de l’énergie.

"On est dans une période extrêmement tendue avec plus de demande que d'offre. Donc potentiellement, face à ce déséquilibre, on peut manquer d'électricité", alerte-t-elle.

Si EDF doit remettre en route des réacteurs, la grève retarde et rend plus risquée le rallumage des réacteurs. "Les syndicats de la branche de l'énergie (IEG) ont signé un accord, et il faut que le travail reprenne le plus vite possible. Il est important que la grève s'arrête. On a besoin que tous les réacteurs reviennent en production", conclut-elle.

Le "grain de sable qu'il ne fallait pas pour cet hiver"

Egalement invitée de RMC ce mercredi matin, Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheuse en physique nucléaire au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), estime que ces grèves sont le "grain de sable qu'il ne fallait pas pour cet hiver", car on n'a plus de marge sur notre réseau électrique avec la conjoncture actuelle.

Mais est-ce que cela va se traduire par des redoutées coupures de courant durant l'hiver? Rien n'est moins sûr selon la chercheuse, estimant que l'on est un peu à la merci de... la météo, et surtout en janvier. "Si l'hiver est normal, assez doux, on va tenir la production électrique et on va réussir à répondre à la demande", positive-t-elle, tout en expliquant que pour cela, il faut que "la grève ne dure pas trop longtemps".

EDF en position de faiblesse face aux grévistes?

Face à cette mobilisation, EDF marche donc sur des oeufs et estime que "les retards ne sont pas le seul fait des grèves" souligne l'entreprise, qui évoque "la vigueur du dialogue social".

"Ils sont fébriles", nous glisse un cadre de Force Ouvrière qui participe aux négociations qui s'ouvrent ce jeudi, tout en rappelant qu'elles ont été avancées... par la direction.

J.A. avec la rédaction