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Les politiques aussi ont un problème de crédit

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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L'inquiétude augmente face à la crise financière. Alors que les banques françaises sont fragilisées, le gouvernement multiplie les tentatives d'apaisement, sans grand effet.

On a l’habitude, dans nos vieilles démocraties, de juger la sincérité des gouvernants avec un peu de méfiance et de dédain. Mais c’est frappant de voir à quel point, dans ce cyclone financier, ce que disent les dirigeants politiques compte pour presque rien. Lundi, François Fillon s’époumone pour convaincre que les banques tiendront le coup même si la Grèce ne rembourse pas ; la bourse plonge. Mardi, la rumeur annonce des décisions communes de la France et de l’Allemagne pour préserver l’euro ; c’est démenti mais peu importe, la bourse remonte ! Deux conclusions, premièrement, les propos rassurants ne rassurent plus personne. Deuxièmement, ce qui manque, c’est une direction, un cap dans la tempête. Et pour l’instant, c’est le brouillard.

Mais est-ce que ce ne sont pas les discours lénifiants des politiques qui entretiennent ce brouillard ?

Ce n’est pas pour les excuser mais leur position est délicate. Ils doivent parler en même temps aux marchés et à l’opinion, qui ne s’inquiètent pas pour les mêmes raisons. Quand un ministre allemand annonce la faillite de la Grèce, il tient un langage de vérité à ses concitoyens – donc, bravo. Seulement ça fait tout de suite dévisser les bourses – donc, catastrophe. En France, c’est pareil. Nos députés ont l’air fin d’avoir voté une aide de 15 milliards à la Grèce alors qu’on sait qu’elle ne pourra pas rembourser. Ce serait plus simple – et plus sincère – de dire qu’on a voulu protéger les banques françaises. Mais le dire, ce serait les fragiliser encore plus qu’elles ne sont déjà. Donc on ment. Mais comme tout le monde sait qu’on ment, ça leur fait perdre de la valeur…

Autrement dit, la crise nous condamne à la langue de bois ?

La crise a bon dos. Mais disons qu’en temps de crise, la sémantique est un domaine où l’on n’a pas besoin d’économiser puisque le vocabulaire, lui, est riche. Pour ne pas risquer de brusquer les fameux « marchés », c’est donc la fortune des euphémismes : il est interdit de parler de l’effondrement de la Grèce ; on dit « le scénario grec ». De même, on parle de « l’exposition » des banques françaises pour évoquer les risques de pertes ; et des « engagements » pour parler des dettes, parce c’est un mot de plus en plus effrayant. C’est un langage virtuel pour parler à un monde virtuel, celui de l’économie financière, mais tellement aseptisé qu’il en devient à la fois ridicule et angoissant.

Est-ce qu'on peut en conclure que les politiques ont perdu le pouvoir sur l'économie ?

En grande partie, c’est évident. Ce sera forcément le débat essentiel de la campagne présidentielle : est-ce que les politiques peuvent reprendre une partie du contrôle ? Est-ce qu’il faut, pour cela, redéfinir la place de l’Etat ? C’est à ces questions-là que les candidats devront répondre. Parce que les citoyens peuvent supporter des mensonges par omission ; mais ils ne peuvent pas accepter des mensonges par démission.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce mercredi 14 septembre 2011 avec Hervé Gattégno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno