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"C'est méprisant": la CGT dénonce le projet de réduire la durée d'indemnisation des chômeurs

A quelques heures du réveillon de Noël, le gouvernement a fait part aux syndicats de son projet de réduction de la durée des indemnisations chômage. Les syndicats dénoncent l'absence de concertation, pourtant prônée par le gouvernement, et craignent de voir de nombreux chômeurs en fin de droits plonger dans la grande pauvreté.

Le gouvernement durcit (encore) les règles de l'assurance-chômage. Vendredi, peu avant le réveillon de Noël, le ministère du Travail a envoyé aux syndicats un projet de décret sur l'assurance-chômage modulant la durée d'indemnisation des chômeurs en fonction du taux de chômage. Ainsi, si le taux de chômage passe sous la barre des 6%, la durée d'indemnisation des chômeurs serait réduite de 40%.

A ce jour, le taux de chômage est de 7,3%. Sauf baisse importante, il est donc assez peu probable qu'en 2023 le chômage passe sous les 6%. La mesure a donc assez peu de chances d'être appliquée en réalité. Ce seuil de 6% correspond au "plein emploi" mais précédemment, Olivier Dussopt le fixait à 5%.

"Trois lames pour massacrer les droits au chômage"

"Cela avait été vaguement évoqué par Olivier Dussopt, le ministre du Travail, mais ça n'avait jamais été présenté en concertation", déplore ce lundi sur RMC et RMC Story Denis Gravouil, membre de la direction de la CGT. "Ce sont trois lames pour massacrer les droits au chômage", ajoute-t-il, alors que le gouvernement prévoyait déjà de durcir les règles avec dès février, la réduction de 25% de la durée d'indemnisation des personnes à la recherche d'un emploi, et une nouvelle méthode de comptage.

"En 2021 il y a déjà eu une baisse considérable qui a fait perdre des droits à beaucoup de monde. Il n'y a plus qu'un chômeur sur trois qui bénéficie des allocations. Et 40% des gens ont une allocation en-dessous du seuil de pauvreté, à moins de 900 euros. Les chômeurs privilégiés, c'est complètement faux", déplore le syndicaliste.

"C'est méprisant dans la méthode"

Pour Denis Gravouil, la méthode est inacceptable: "Je ne sais pas si c'est volontaire de le faire pendant les fêtes mais c'est méprisant dans la méthode et à l'égard des chômeurs. C'est scandaleux de le faire comme ça en douce. Le gouvernement se fiche de notre avis et s'apprête à publier, tout début janvier, le décret".

Et il écarte toute incitation positive à aller travailler. "Tous ceux qui sont au chômage cherchent du travail et ne sont pas en train de se dorer la pilule", assure Denis Gravouil, qui rappelle que plus de 6 millions de personnes sont inscrites à Pôle Emploi alors que seules 400.000 offres sont non-pourvues.

Vers une rentrée sociale explosive?

Et selon Denis Gravouil, ces offres d'emploi sont précaires. "La moitié d'entre elles, ce sont des CDI à temps partiel ou des missions d'intérim de quelques jours", ajoute le syndicaliste, qui prévient que la rentrée sera animée: "Le mois de janvier va se jouer dans la rue et dans les grèves dans les entreprises".

"On a un gouvernement qui passe en force sur tout et qui paupérise la population. On a une société qui se polarise avec des riches ultras-riches et des gens qui n'ont même plus de quoi manger. C'est valable sur les chômeurs mais il y a un risque de santé publique avec une montée des tensions au guichet à Pôle Emploi et des menaces de suicide. Il faut combattre le chômage mais pas les chômeurs", conclut Denis Gravouil.

Ce projet de décret n'a pas encore été publié. Et le décret ne court que pour 2023. Pour le prolonger, il faudra de nouvelles discussions chaque année.

G.D.