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Damien, père de deux enfants et allocataire RSA: "Dans mon porte-monnaie, j'ai 20 euros"

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TEMOIGNAGES - Selon une récente étude, plus de trois Français sur quatre (76%) pensent que les bénéficiaires du RSA gagnent plus que les travailleurs au Smic. Ce qui est faux. Pour les allocataires RSA, le quotidien est très compliqué et les idées reçues sur leur situation font mal.

Ce lundi, l'association ATD-Quart Monde publie son troisième "Manuel pour en finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté". Et dans ce livre, l'association montre que les personnes bénéficiant du RSA ne gagnent pas plus que celles qui touchent le Smic. Les calculs de l'association prennent en compte non seulement le RSA ou le SMIC mais aussi tous les aides connexes : gratuité transports, allocation rentrée scolaire, aide au logement, etc... Résultat: l'écart de revenus est d'au moins 500 euros pour un parent isolé, un couple sans enfant ou un couple avec enfant. L'écart, en revanche, n'est pas indicatif dans le cas d'une personne seule. Les clichés ont donc la vie dure. Ce que les bénéficiaires du RSA ont du mal à accepter.

"Je ne suis pas heureux"

C'est le cas de Damien qui partage 55 m², dans une petite commune de l'Hérault, avec ses deux adolescents, Sarah et Medhi. Depuis 12 ans, il touche le RSA et s'occupe notamment de son cadet qui souffre d'une maladie des os. Tous les trois vivent avec 900 euros par mois, toutes aides confondues. "Dans mon porte-monnaie, j'ai 20 euros et j'attends le 6 du mois pour aller faire les courses, donner un peu d'agent à ma fille pour quand elle va au lycée", témoigne-t-il.

Alors, forcément, quand il entend dire qu'il gagne autant qu'un salarié au Smic, il accuse le coup: "Je ne vois pas ce que les gens doivent s'imaginer. Je ne sais pas comment ils imaginent notre vie. Au fond, ils parlent sans savoir de quoi ils parlent". Et d'ajouter: "Je ne suis pas heureux car j'ai une vie sans objectif. Ce sont mes enfants qui me font tenir mais c'est une vie pour personne". Aujourd'hui, son fils handicapé est premier de sa classe en troisième et sa fille prépare un bac S.

"On fait des pauvres des boucs émissaire"

Damien, lui, voudrait bien travailler mais il ne sait pas comment s'y prendre. "Comment je fais pour aller vers un patron et lui dire que ça fait 12 ans que je n'ai pas travailler et que je n'ai aucune expérience? Qui accepterait cela?" Alors, pour lutter contre ces discriminations, ATD-Quart Monde s'attaque aux clichés comme l'explique Typhaine Cornacchiari, sa porte-parole: "Ces clichés, ces idées reçues contribuent à envenimer l'état d'esprit, à faire des pauvres des boucs émissaire."

Et d'estimer encore: "Ces discriminations sont beaucoup véhiculées par les personnalités politiques qui vont parler 'd'assistés', de 'profiteurs du système'. On pousse les gens au Smic à regarder en-dessous, à se dire qu'il y a des gens au RSA qui en profitent plutôt que d'essayer de se battre pour peut-être obtenir une revalorisation de ce Smic".

M.R avec Amélie Rosique