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Inégalités salariales hommes-femmes: à ce rythme, on atteindra l'équilibre... dans 135 années

EXPLIQUEZ-NOUS - Pourquoi, depuis 9h22 ce mercredi 3 novembre, les femmes vont commencer à travailler gratuitement?

C’est très symbolique, mais c’est extrêmement parlant. C’est un calcul qui est fait chaque année pour traduire en nombre de jours, l’écart de salaires entre les femmes et les hommes. Ca fait donc quasiment 2 mois d’écart. C’est comme si à partir de ce mercredi matin, et jusqu’au 31 décembre, les femmes travaillaient gratuitement.

Comment on arrive à calculer cette date?

Nous avons joint celle qui fait ce calcul, c’est une économiste et militante. Elle s’appelle Rebecca Amsallem, elle a créé Les Glorieuses. En fait, elle se base tout simplement sur les chiffres très officiels d’EUROSTAT, qui mesure l’écart de salaires entre toutes les femmes et tous les hommes qui travaillent à plein temps : cette année, 16 et demi % d’écart de salaire en moyenne. Et, converti en jours ouvrés, ça donne cette bascule du 3 novembre.

Et là où c’est frappant. C’est qu’il y a 5 ans, c’était le 7 novembre, l’an dernier le 4. C’est de plus en plus tôt, ca veut dire que l’écart continue de se creuser. Et encore, on ne compare que les salariés à temps complet, mais si on rajoutait les temps partiels (les trois quarts sont des femmes), cet écart serait encore plus grand.

Comment on explique que ca ne bouge pas?

Il y a déjà une explication sociologique: les femmes sont sur-représentées dans des secteurs où les salaires sont particulièrement bas. Les aides soignants : 90% sont des femmes. Les aides à domicile, les caissières… Les infirmières, 92%. Les sages femmes 87%... Et les deux tiers des enseignants, sont des enseignantes. Des métiers, on le sait, essentiels, mais pas suffisamment valorisés.

Ca c’est pour l’écart qui s’explique par un métier différent Il y a ensuite les parcours. Des femmes qui progressent moins aux postes de direction. Il y a des choses qui ne changent pas: avoir des enfants reste pénalisant. Le chiffre est spectaculaire. Si vous prenez un homme qui a 3 enfants, et une femme qui a 3 enfants. Ecart de salaire : +31%.

Et puis il reste ce qui ne s’explique pas. A poste égal, à travail égal, il y a toujours entre 5 et 10% d’écart, selon les calculs. C’est 8% chez les cadres, selon l’APEC. Là c’est le taux de discrimination pure.

Pourtant des mesures ont été prises…

On a beaucoup parlé de l’index de l’égalité, que les entreprises doivent maintenant calculer elles-mêmes chaque année. Ca donne une note : la moyenne est à 85/100. Un point de plus que l’année dernière. Progrès timides… Et les premiers de classe ne sont pas nombreux : il n’y a que 2% des entreprises qui ont la note maximale, 100/100.

C’est pour ça que "Les Glorieuses" demandent à aller plus loin : conditionner l’accès aux marchés publics, ou aux aides d’Etat à une note minimale prouvant que l’égalité est respectée. Ca a fonctionné en Islande.

Le débat est relancé sur les quotas 

Une proposition de loi, adoptée la semaine dernière au Sénat, a déjà été votée à l’unanimité à l’Assemblée. Texte qui prévoit de réserver, en 2027, au minimum 30% des postes de direction à des femmes, dans les entreprises de + de 1.000 salariés. Et 40% en 2030.

Aujourd’hui, on est à 25%, dans les comités de directions des grandes entreprises cotées en bourse. Et il n’y a qu’une seule patronne, au sein du CAC40 : Catherine Mac Gregor (ENGIE).

Alors, ça relance les discussions sur le principe même des quotas, mais l’histoire montre que ca fonctionne. Il y a 10 ans, la loi Copé-Zimmerman a imposé les femmes dans les Conseils d’administration. Aujourd’hui elles sont 44%. Il n’y a que l’Islande qui fait mieux. Mais ca n’a pas eu l’effet attendu sur les postes inférieurs.

Le chemin est encore long. Et à ce rythme, selon le Forum économique mondial, il faudra, pour combler totalement les écarts, et parvenir à l’égalité parfaite: 135 années.

Sébastien Krebs (édité par J.A.)