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Loi Travail: "A un moment donné, la question de la démission du Premier ministre se pose"

Face à "une alliance des conservatismes", Manuel Valls a déclenché une deuxième fois l'arme constitutionnelle du 49-3 mardi pour forcer l'adoption du projet de loi Travail à l'Assemblée. En réaction, certains députés de gauche en appellent à sa démission quand d'autres préparent une motion de censure.

C'est la deuxième fois qu'il l'utilise depuis le début des débats parlementaires sur le projet de loi Travail. Ce mardi, le Premier ministre Manuel Valls a décidé de déclencher l'article 49-3 pour forcer l'adoption de ce texte, sans passer par le vote des députés, comme il l'avait fait en première lecture en mai dernier. Une décision aussitôt dénoncée de concert par la droite (qui ne déposera pas de motion de censure comme en mai dernier) et une partie de la gauche, qui comptent bien tenter de rassembler les 58 signatures nécessaires pour déposer une motion de censure (en mai dernier, seules deux signatures manquaient, ndlr).

"Nous avons le devoir d'être les relais du peuple"

"Il faut absolument que nous montrions que cette maison n'est pas celle de la soumission. Nous ne sommes pas une armée des ombres. Nous ne sommes pas une serpillère sur laquelle Manuel Valls peut allégrement s'essuyer les pieds avec brutalité, s'emporte, sur RMC, Noël Mamère, député écologiste de Gironde et l'un des plus fervents partisans du dépôt d'une motion de censure. Nous considérons que nous avons le devoir d'être le relais du peuple qui se bat, manifeste et n'accepte pas cette régression sociale de la loi Travail".

Lucide, il admet toutefois que "cette motion de censure n'a aucune chance d'aboutir", mais "elle sera symbolique et l'on gouverne aussi avec des symboles". A gauche, d'autres députés vont encore plus loin et en appellent désormais à la démission de Manuel Valls. C'est le cas de Yann Galut, député PS du Cher qui avait signé en vain un projet de motion de censure en mai. "A un moment donné, la question de la démission du Premier ministre se pose", assure-t-il dans Bourdin Direct.

"Nous allons droit dans le mur"

"En démocratie, qui doit avoir raison? Le Premier ministre doit-il faire le 49-3 ou doit-il prendre ses responsabilités? On a cherché le compromis mais nous avons eu une fin de non-recevoir de manière extrêmement violente de la part du Premier ministre, justifie-t-il. Je regrette cela. C'est un énorme gâchis. Nous allons droit dans le mur, il faut le dire". Et d'estimer enfin que "le Premier ministre en paiera les conséquences".

Mais Manuel Valls possède encore des soutiens au sein de sa majorité. Parmi eux, Bruno Le Roux, chef de file des députés socialistes, qui n'hésite pas à taper sur les frondeurs. "C'est toujours la surenchère qui leur sert pour avancer. Toujours essayer d'imaginer ce qui pourrait être fait demain. Nous, nous allons attendre". Et d'ajouter: "Le problème, c'est qu'ils préparent des congrès hypothétiques du parti socialiste alors que, nous, nous sommes face aux difficultés des Français, face aux difficultés des entreprises et nous essayons de les résoudre". Véhément, il déclare enfin que "les petits jeux d'appareils, de minoritaires qui n'acceptent jamais la règle de la majorité, ça suffit !"

Maxime Ricard avec Jean-Baptiste Durand