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Sans "solution miracle", ils sont épargnés par le chômage: "On se bagarre comme des chiffonniers"

Un bureau de Pôle Emploi à Armentières, en août 2016.

Un bureau de Pôle Emploi à Armentières, en août 2016. - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Un chômage à 4,6% ? Le chiffre fait rêver, alors que le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 52.400 personnes au moins d’août. Pourtant, 4,6%, c’est bien le taux du Pays d’Houdan, dans les Yvelines. Maurice Filosa, président de l’Aphie (association des entreprises et industries du Pays d’Houdan), explique ce qui fait la réussite de ce territoire.

"On n’a pas trouvé la solution miracle, mais aujourd’hui on est épargné. On ne sait pas à quelle sauce on sera mangé demain et après-demain. Pour le moment, il y a pleins de raisons. D’abord, on a quand même des entreprises avec une forte expertise. Avec des dirigeants et des collaborateurs qui sont de bonne qualité. Dans des secteurs d’activité qui sont plutôt porteurs: la cosmétique, la vaisselle jetable, la fixation de précision pour l‘automobile et l’aéronautique… En tout, il y a 120 sociétés qui emploient grosso-modo 1 500 collaborateurs.

"On est dans des villages, tout le monde se connaît"

On a une politique, dans le coin, qui est maitrisée. Avec les élus, on a un rapport presque quotidien, on se croise tous les jours. On est dans des villages, tout le monde se connaît. Les entrepreneurs et les industriels sont aussi des gens qui se connaissent. Ils vont travailler ensemble, pour trouver des fournisseurs. Moi par exemple je suis fournisseur d’un bon nombre d’entreprises du secteur. Il y a des synergies qui font que la qualité de l’un plus la qualité de l’autre donne un résultat que le client en face ne peut qu’accepter.

Ensuite, on est limitrophe avec la région Centre. Dans les Yvelines, on bénéficie d’une ‘’adresse Paris/Région parisienne’’. Pour les acteurs nationaux et internationaux on reste en région parisienne. Mais pour les gens qui bossent avec nous, l’immobilier est bien moins cher. On peut s’installer dans un territoire où on a un avantage, c’est qu’on a une qualité de vie très bonne. On est à la campagne, mais en région parisienne.

"On fabrique de la chair à canon pour de l'Amazon ou du Cdiscount. On risque de se faire massacrer"

On n’est vraiment pas un village gaulois, on n’est pas renfermé sur nous-même. Mais on est très soudé. On n’est pas perturbé par de grandes enseignes qui vont avoir une emprise territoriale énorme pour un nombre de salariés faible. Il n’y a pas de Decathlon, de Flunch, de Auchan. Le plus gros c’est Intermarché. Mais le patron va promouvoir non seulement son business mais aussi les commerçants du pays houdanais. Vous avez un mur où il y a l’ensemble des commerçants et des entreprises de la région qui sont affichés. Si vous ne trouvez pas votre bonheur chez lui, vous avez les coordonnées, du boucher, du boulanger… En fait on est tous impliqué pour que le coin fonctionne.

Et ça va plutôt pas mal. Mais on se bagarre à longueur de temps, comme des chiffonniers. On est comme des fous avec le ‘je clique une fois et j’achète tout ce que je veux’. Ca, ça aura un impact sur toute l’infrastructure locale, les petits artisans et les petits commerçants. On a des rapports avec les collèges et lycées du coin, on forme beaucoup de gamins. Aujourd’hui, on fabrique de la chair à canon pour de l’Amazon ou du Cdiscount. On risque de se faire massacrer en terme économique. Ils vont avoir du bonhomme à pas cher. Les gens pestent tout le temps contre le chômage. Mais s’ils regardaient ce qui se passe à côté d’eux au lieu de cliquer sur leur souris, peut être que ça irait un peu mieux."

Antoine Maes