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Y a-t-il encore une présomption d'innocence pour les politiques ?

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Présumé innocent mais suspecté d'agressions sexuelles, le secrétaire d'Etat Georges Tron a démissionné dimanche, à la demande de François Fillon. Ce n'est pas la défense de Georges Tron qui est en jeu dans cette affaire mais celle des principes.

Il faut d’abord reconnaitre à Georges Tron le mérite de n’avoir pas tergiversé dans cette affaire. Il a démissionné, c’est ce qu’il avait de mieux à faire, pas seulement pour se défendre mais pour préserver l’indépendance de la justice. En effet, quand un ministre est impliqué dans une affaire judiciaire, le plus important est de garantir au citoyen qu’il sera traité comme n’importe quel justiciable. Or nous avons un système dans lequel l’accusation, c'est-à-dire le parquet, est sous l’autorité du gouvernement. Si celui qui est suspecté siège au conseil des ministres à la même table que le garde des sceaux qui dirige les poursuites, il y a une ambigüité qui est malsaine. La démission, c’est le seul moyen de l’éviter.

N’est-ce pas quand même la présomption d’innocence qui est sacrifiée ?

Je ne crois pas. Si on accepte l’idée que le ministre quitte ses fonctions pour garantir le fonctionnement de la justice, on comprend que la démission n’est pas une sanction, même si elle est cruelle pour l’intéressé. Georges Tron ne va pas d’avantage passer pour un coupable aujourd’hui parce qu’il n’est plus ministre. Il va se défendre s’il est poursuivi, ce qui n’est pas le cas pour l’instant, il aura accès au dossier, il pourra répliquer. Au passage c’est un sort quand même plus enviable dans le système français que celui qu’a subi DSK aux Etats-Unis. Cela dit, à contrario, il n’y a aucune raison de vouloir que Georges Tron abandonne ses mandats d’élus, de maire et bientôt de député, car cela ne met pas en cause le fonctionnement de la justice.

Chaque fois qu’un politique est pris dans une affaire, le débat ressurgit : est-ce que les politiques sont mieux ou moins bien traités par la justice que les citoyens ordinaires ?

Les politiques subissent comme tous les personnages publics le double désagrément de la médiatisation des affaires qui les concerne et aussi d’une certaine intransigeance des juges, qui peuvent considérer à juste titre que les politiques ont un devoir d’exemplarité. A l’inverse, l’autocensure judiciaire ça existe aussi, surtout au stade du déclenchement des enquêtes qui incombe en France au procureur et qui donc reste contrôlé par le pouvoir. Mais attention, la France c’est aussi, vous savez, ce drôle de pays où les ministres démissionnent quand ils sont poursuivis et qui peuvent être nommés au gouvernement une fois qu’ils ont été condamnés. C’est le cas de plusieurs hommes politiques, notamment Alain Juppé. Dans n’importe quelle autre grande démocratie, sa carrière politique serait finie depuis longtemps.

Après DSK et l’affaire Georges Tron, va-t-on vers un grand déballage ?

Si on veut dire par là une libération de la parole et notamment celle des femmes abusées, c’est évidemment une bonne chose. Si ce qui nous guette c’est la multiplication d’accusations contre des politiques qui ne pourront pas forcément toutes être prouvées ; là il y a de quoi s’inquiéter. Et si l’on va vers une abolition totale de la frontière entre la vie publique et la vie privée, là on va vite se retrouver en plein cauchemar.

Ecoutez «le parti pris» de ce lundi 30 mai 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC :

Hervé Gattegno