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En France, pour trouver un emploi, mieux vaut s'appeler Michel que Mohammed

Selon l'enquête de l'Institut Montaigne, un candidat perçu comme musulman pratiquant a deux fois moins de chances d'être convoqué en entretien qu'un catholique pratiquant. (Photo d'illustration).

Selon l'enquête de l'Institut Montaigne, un candidat perçu comme musulman pratiquant a deux fois moins de chances d'être convoqué en entretien qu'un catholique pratiquant. (Photo d'illustration). - Jacques Demarthon - AFP

Les employeurs français sont plus réticents à embaucher un musulman qu'un juif ou qu'un catholique. C'est la conclusion d'une enquête sur les discriminations religieuses sur le marché du travail, réalisée par l'Institut Montaigne et révélée ce vendredi.

En France, Mohammed a quatre fois moins de chances d'être recruté que Michel. L'Institut Montaigne (think tank plutôt libéral, NDR) révèle ce vendredi son enquête inédite sur les discriminations religieuses sur le marché du travail. Inédite car pour la première fois, l'étude inclut les trois grandes religions monothéistes. Et les chiffres sont éloquents : un candidat perçu comme musulman pratiquant a deux fois moins de chances d'être convoqué en entretien qu'un catholique pratiquant. Les juifs pratiquants sont aussi concernés. Dans le détail, le taux de réponse des employeurs est de 20,8% pour les catholiques, contre 15,8% pour les juifs, et seulement 10,4% pour les musulmans. En France les musulmans sont plus discriminés que les noirs aux États-Unis.

"Peur de comportements d'insubordination avec les garçons musulmans"

Marie-Anne Valfort est maître de conférences à l'université Panthéon-Sorbonne. C'est elle qui a réalisé cette étude. Elle explique sur RMC quels sont les stéréotypes qui mènent les employeurs à ne pas retenir les candidatures de musulmans. "Ce sont ces stéréotypes qui associent l'islam à une religion extrémiste et à une religion qui opprime les femmes. On a peur également d'être face à des comportements d'insubordination ou un rapport compliqué à l'autorité avec un salarié musulman, parce qu'on imagine qu'il a grandi dans une culture qui lui octroie en moyenne plus de droits qu'aux femmes. Ce sont des stéréotypes qui sont très présents et qui semblent à l'œuvre quand on voit les résultats de nos testings".

Mohamed Zekri, président de l’Observatoire National contre l’Islamophobie et secrétaire général du Conseil Français du Culte Musulman, n'est pas surpris par les résultats de cette enquête. "C'est parce qu'en France, on relie les religions à ce qui se passe dans l'actualité. Ce ne sont pas les musulmans qui ont souhaité le terrorisme. Les occidentaux, les États-Unis ont aussi leur part de responsabilité dans le phénomène actuel, donc il faut arrêter. Ça ne peut pas continuer comme ça".

"On me dit que la kippa va gêner les clients"

Cette réalité, David, juif pratiquant, la vit au quotidien. Cela fait deux ans qu'il cherche un emploi d'expert-comptable. Et les entretiens d'embauche se suivent et se ressemblent... "Ce qui revient souvent, ce sont les craintes autour du port de la kippa. On me dit 'nous ça ira, mais si vous allez en clientèle avec la kippa, au niveau des clients, ça ne passera pas", raconte-t-il. Du coup, Samuel, lui, ne veut prendre aucun risque. A 19 ans, il s'apprête à rédiger son CV. Sa scolarité dans une école juive, il ne la mentionnera pas. "Ça pourrait me fermer des portes. Autant ne pas parler des choses qui pourraient éventuellement poser problèmes. Ça ne va pas nous avantager de dire qu'on est juif et qu'on a fait une école juive, alors qu'au contraire ça pourrait nous désavantager dans certaines entreprises. Donc non, je ne le dirai pas."

"L'employeur va chercher à minimiser les incertitudes"

Mais pourquoi certains employeurs sont à ce point méfiants ? "L'employeur va chercher à minimiser les incertitudes", explique Jean-François Amadieu, président de l'Observatoire des discriminations. "Il ne cherche même pas à savoir si la personne saura faire la part entre la pratique religieuse et le travail, la relation avec les clients etc. Il craint que cette personne soit extrêmement convaincue, qu'elle vienne un jour voilée au travail, par exemple. Il y a un réflexe qui vise à se simplifier la vie".

C'est pourquoi Jean-François Amadieu conseille de ne pas mentionner sur le CV une scolarité dans une école confessionnelle ou un engagement dans une association communautaire. Pour ne mettre en avant que les compétences professionnelles.

Comment l'Institut Montaigne a procédé

Pendant un an, des CV fictifs ont été envoyés à plus de 6.200 offres d'emploi. Trois éléments suggéraient l'appartenance religieuse : le prénom (Dov et Esther pour les juifs, Michel et Nathalie pour les catholiques, Mohammed et Samira pour les musulmans), la scolarité dans une école confessionnelle et l'engagement dans l'association de scoutisme de leur communauté.