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Envoyer les énarques en banlieue: "On n'est pas complètement déconnecté de la vie"

Claude Bartolone veut envoyer les énarques en banlieue

Claude Bartolone veut envoyer les énarques en banlieue - PATRICK HERTZOG / AFP

Claude Bartolone remet ce mercredi à François Hollande un rapport sur l'engagement citoyen. Parmi ses 50 propositions figure l'obligation faite aux élèves de grandes écoles d'effectuer un stage de trois mois en banlieue. Qu'en pensent les futures élites? Reportage à l'ENA.

Claude Bartolone a rendez-vous ce mercredi matin à l'Elysée avec François Hollande. Missionné après les attentats de janvier par le chef de l'Etat en personne, le président (PS) de l'Assemblée nationale va lui remettre un rapport sur l'engagement citoyen. Et parmi les 50 mesures qui figurent dans son texte, il y a notamment l’obligation pour les élèves qui étudient dans des grandes écoles (ENA, Mines, Ponts, Polytechnique, etc.) d’effectuer un stage de trois mois dans des associations, des centres sociaux, des collèges de banlieue, quartiers sensibles, zones rurales en difficultés.

Mais qu’en disent les futures élites? RMC s'est rendue à Strasbourg afin de rencontrer les élèves de l'ENA, l’Ecole nationale de l’Administration. A l'heure actuelle, durant les deux ans de cours, la moitié est consacrée aux stages: "un premier de quatre mois, à l'étranger, dans une ambassade; un second de cinq mois en préfecture ou en collectivités et un dernier de trois mois et demi en entreprise", explique cet étudiant.

"Qu'on nous explique ce qu'est la vraie vie!"

Alors Henry, élève de 2ème année, se montre sceptique à l'idée de faire un stage supplémentaire de trois mois pour se rapprocher de "la vraie vie des vrais gens", selon l’expression employée par Claude Bartolone. "Se rapprocher de la vraie vie? Qu'on nous explique ce qu'est la vraie vie ! Je n'ai pas l'impression d'en être éloigné. Je viens d'un milieu de classe moyenne, je n'ai pas de patrimoine, je ne suis pas un héritier", se défend-il dans Bourdin Direct.

Lionel, élève de la promotion Churchill, ne dit pas autre chose: "On n'est pas complètement déconnecté de la vie, du moins je l'espère. Et j'espère qu'on est des 'vrais gens'. On fait déjà des stages, cela représente même une part plus importante que notre présence à Strasbourg". Et de donner en exemple son cas particulier: "Au cours de mon stage en préfecture, j'ai visité un centre d'hébergement d'urgence, j'ai travaillé sur la prévention de la délinquance, j'ai rencontré des travailleurs sociaux… Il ne s'agit pas d'être enfermé dans l'école et de passer son temps à faire des jolies notes et des discours".

Déjà des réformes engagées

Paul, un de ses camarades, est moins réticent mais il doute de l'efficacité d'un tel stage: "Il ne faut pas que cela soit juste un effet marketing, un coup de com'. Il ne faut pas que ça soit: 'On envoie les énarques en banlieue et ça y est on a connu le terrain'. A mon avis ce n'est pas comme ça que ça se passe". D'autant plus qu'il estime, lui aussi, qu'"au cours du stage en préfecture, on voit vraiment ce qu'il y a de plus concret dans la vie des gens".

En tout cas la direction de l’ENA n’a pas attendu la proposition de Claude Bartolone pour engager des réformes. "On va dégager du temps sur leur scolarité pour qu'ils puissent, chaque semaine, participer à une association ou venir en aide à un service public au contact des populations les plus vulnérables", assure à RMC Nathalie Loiseau, la directrice. Une réforme qui entre en vigueur dès l’année prochaine pour tous les nouveaux élèves de l’ENA.

Maxime Ricard avec Amélie Rosique