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Eric Dupond-Moretti à propos de la "perpétuité réelle": "Les politiques donnent raison aux terroristes"

Le Sénat a achevé jeudi de muscler le projet de réforme pénale post-attentats, après avoir confirmé la possibilité de prononcer une "perpétuité incompressible" pour les auteurs de crimes terroristes. Un texte "qui ne convient pas du tout" Me Dupond-Moretti, comme il l'a déclaré ce vendredi sur RMC.

Le Sénat a donné mercredi son feu vert à la possibilité pour une cour d'assises de prononcer une "perpétuité incompressible" pour les auteurs de crimes terroristes, une proposition introduite par les députés dans le projet de réforme pénale post-attentats. Cette mesure permettra à une cour d'assises, lorsque le crime terroriste est passible de la réclusion criminelle à perpétuité, soit de porter la période de sûreté jusqu'à 30 ans contre 22 actuellement, soit de décider qu'aucune mesure d'aménagement de peine ne pourra être accordée au condamné.

"Ce texte ne me convient pas du tout", déclare ce vendredi sur RMC, Me Eric Dupond-Moretti. Et de s'en expliquer: "La question est philosophique. Est-ce que l'on pense, dans notre arsenal répressif et dans la philosophie du droit pénal, qu'un homme est susceptible de s'amender? Voilà la question. Pour le reste, dans les faits la perpétuité réelle existe. En effet, aucun juge ne remettra en liberté un homme reconnu coupable d'actes de terrorisme".

"La perpétuité réelle existe déjà"

Sur ce sujet, le célèbre avocat pénaliste estime que "les politiques préfèrent le populisme à la pédagogie. Cela fait bien de dire que pour répondre (au terrorisme, ndlr), on met en place la perpétuité réelle". "Dans l'affaire Breivik (terroriste norvégien responsables des attentats de juillet 2011 en Norvège qui ont fait 77 morts et 151 blessés, ndlr), l'Etat norvégien a dit 'Nous n'allons pas augmenter les peines parce que sinon nous lui donnons raison, rappelle Eric Dupond-Moretti. Je pense que quand les politiques se comportent de cette manière, les terroristes ont gagné". Il insiste: "Les politiques donnent raison aux terroristes puisque, dans les faits, cela existe déjà."

Alors que la Cour de cassation a validé, mardi 22 mars, la quasi-totalité des écoutes entre Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog, ouvrant la voie à un possible procès de l’ancien chef de l’Etat, Me Dupond-Moretti a été interrogé afin de savoir si le secret professionnel de l'avocat était en danger. Il s'est montré catégorique à ce sujet en estimant que celui-ci "est mort".

"Une monstruosité"

"La décision de la Cour de cassation, absolument ahurissante, mais qui concerne Nicolas Sarkozy, ceci peut peut-être expliquer cela, signifie que demain si aujourd'hui vous m'appelez pour me dire que vous avez des ennuis avec votre employeur, que vous n'êtes ni gardé à vue, ni mis en examen, la police peut entendre cela. Pire, moi, en tant qu'avocat, je peux m'affranchir d'un secret professionnel qui n'existe pas et raconter de partout que vous aviez des emmerdements avec votre employeur", argumente-t-il.

"Voilà ce qu'on a fait du secret professionnel. Dans le pays des Droits de l'homme, c'est une monstruosité", juge-t-il encore avant d'ajouter: "Je peux vous dire qu'à ce sujet le barreau va bouger".