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Fichier PNR européen adopté: vraie avancée ou simple gadget?

Un passager fait analyser ses empreintes digitales lors du passage en douane d'un aéroport (Photo d'illustration).

Un passager fait analyser ses empreintes digitales lors du passage en douane d'un aéroport (Photo d'illustration). - Fred Dufour - AFP

Le registre européen des données des passagers aériens, dit PNR, a été adopté ce jeudi par les députés européens après cinq ans de débats. Ce fichier, qui existait déjà pour les voyages effectuées depuis et vers la France, est présenté par ses défenseurs comme un outil indispensable dans la lutte contre le terrorisme. Ses détracteurs y voient, au mieux, un gadget.

Pour ses défenseurs, c'est un outil indispensable dans la lutte contre le terrorisme. Pour ses opposants, c'est une intrusion insupportable dans la vie privée. Après cinq ans de débats, le registre européen des données des passagers aériens, dit PNR, a enfin été adopté jeudi par les eurodéputés. Le PNR européen ("Passenger Name Record" en anglais) doit permettre de mieux tracer les itinéraires aériens des terroristes potentiels, à partir d'informations que les compagnies aériennes auront désormais l'obligation de transmettre aux Etats membres, lesquels pourront ensuite se les partager. Ce fichier existait déjà en France, mais ne permettait pas de tracer les voyageurs en dehors de notre pays.

"Vous ne passez plus entre les mailles du filet"

Philippe Juvin, député européen et porte-parole des Républicains pour les questions européennes est soulagé que ce texte soit enfin voté. "Nous Républicains, sommes satisfaits parce que cela fait 5 ans que l'on bataille pour persuader tout le monde qu'il faut cette loi sur le PNR, qui est un outil indispensable. Pour une simple raison : s'il n'y a qu'un PNR français, il est facile de lui échapper en prenant par exemple le Thalys à Paris pour Bruxelles, d'où vous vous envolez pour Istanbul. Maintenant, vous échapperez toujours au PNR français, mais plus au PNR européen. Là, pour le coup, vous ne passez pas entre les mailles du filet, on sait que vous êtes partis en Turquie".

"Pas l'alpha et l'oméga de la lutte contre le terrorisme"

Guillaume Balas, député européen socialiste d'Ile-de-France se dit au contraire "dubitatif" quant à l'efficacité de ce fichier. "Ce sera peut-être une petite aide, mais ce n'est pas l'alpha et l'oméga de la lutte contre le terrorisme".

"C'est simplement des informations supplémentaires, et il faudrait surtout être sûr que nous avons les moyens de traiter ces informations qui vont maintenant être disponibles".

Déjà, à l'heure actuelle, les services qui travaillent dans la lutte antiterroriste disent qu'ils ont des problèmes pour traiter les informations existantes, et là on va en rajouter. Je crois que ça demande une vraie réflexion sur comment on fait pour qu'au niveau européen, les services aient les moyens adéquats pour traiter toutes ces informations".

"Du numéro de votre carte bancaire à vos préférences alimentaires"

Si le fichier PNR a mis tant de temps à être adopté, c'est notamment en raison de l'opposition de la gauche au Parlement européen. Une position qui s'est assouplie suite aux évolutions apportées au dispositif, explique Sylvie Guillaume, vice-présidente du Parlement européen et du groupe socialiste-démocrate. Son groupe, qui était opposé à ce texte, l'a finalement voté.

"Ce texte a évolué, c'est un compromis et il y a des choses qui ont été considérablement améliorées. Ce qui était important, c'est qu'on ait justement les gardes fous nécessaires pour que les données concernées soient utilisées correctement et transférées vers les services compétents".

"Ces données, ça va du numéro de carte bancaire, jusqu'à vos préférences alimentaires, en passant par le type de bagages que vous avez et avec qui vous voyagez, rappelle-t-elle. Ce sont des données privées qui peuvent être sensibles, c'est pour cela qu'il faut être très sérieux avec ce que l'on en fait".
Philippe Gril avec Aurélia Manoli