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François Bayrou pointe du doigt les médias, comme en 2007

François Bayrou pointe du doigt les médias français et "exige" de la chaîne publique France 2 qu'elle organise un débat entre les dix candidats à l'Elysée sous peine de saisir le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ou le Conseil d'Etat. /Photo prise

François Bayrou pointe du doigt les médias français et "exige" de la chaîne publique France 2 qu'elle organise un débat entre les dix candidats à l'Elysée sous peine de saisir le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ou le Conseil d'Etat. /Photo prise - -

PARIS (Reuters) - François Bayrou, dont le pari d'accéder au second tour de la présidentielle semble compromis, a mis en accusation mardi les médias...

PARIS (Reuters) - François Bayrou, dont le pari d'accéder au second tour de la présidentielle semble compromis, a mis en accusation mardi les médias français et "exigé" de la chaîne publique France 2 qu'elle organise un débat entre les dix candidats à l'Elysée sous peine de saisir le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ou le Conseil d'Etat.

Déjà en 2007, le "troisième homme" (18,57%) d'alors avait accusé les médias, notamment la chaîne privée TF1, "d'imposer un deuxième tour tout fait auquel les Français ne sont pas ralliés du tout".

Le candidat centriste a usé des mêmes arguments lundi soir lors d'un meeting à Dijon (Côte-d'Or) avant de durcir le trait mardi.

"Cela fait des mois et des mois qu'on nous balade en nous présentant un deuxième tour tout fait", a-t-il lancé à Dijon.

Sur RTL, mardi matin, le président du Mouvement Démocrate, qui est crédité de 10% à 12% d'intentions de vote à 19 jours du premier tour, a dénoncé "une entente clandestine entre François Hollande et Nicolas Sarkozy pour ne pas débattre".

Quelques minutes plus tard, sur La Chaîne parlementaire, il s'en est pris au "monde médiatique" qui "ne fait pas son boulot". "Lui aussi prend sa part de responsabilité".

François Bayrou, qui estime qu'un débat télévisé serait à même de le relancer, est furieux du projet prêté à France 2 d'organiser une émission spéciale "Mots croisés" le 16 avril, en deuxième partie de soirée, avec les dix candidats ou leurs représentants.

Pour le député béarnais, "il n'existe aucune excuse d'aucune sorte pour la télévision publique de ne pas se rendre à ses obligations".

Rappelant que France 2 avait organisé à l'automne dernier un débat entre les six prétendants à la primaire d'investiture socialiste, en première partie de soirée, il a sommé la direction de la chaîne d'organiser un débat en bonne et due forme. Il a précisé sur RTL qu'il demanderait, le cas échéant, au CSA puis au Conseil d'Etat de "faire respecter la loi".

"IRRECEVABLE"

L'ancienne journaliste Christine Kelly, membre du CSA, a répondu sur RTL que le Conseil supérieur de l'audiovisuel n'avait pas le pouvoir d'imposer quelque format que ce soit aux chaînes de télévision. "C'est la liberté éditoriale des chaînes d'organiser ou pas des débats".

Une porte-parole de France 2 a déclaré à Reuters que les modalités d'une telle émission n'étaient pas arrêtées. RTL a évoqué la possibilité de deux émissions en interviews successives, avec cinq "grands" candidats d'une part, cinq "petits" de l'autre.

"Il y a des projets d'émission à l'étude. Il nous faut de toute manière un consensus des dix candidats", a dit la porte-parole.

Les équipes respectives de Nicolas Sarkozy et François Hollande ont fait savoir que les candidats enverraient un représentant. "Les débats à dix sont des débats cacophoniques et ne sont pas satisfaisants. Ce ne sont que des suites de monologues", fait-on valoir dans l'entourage du chef de l'Etat.

C'est Nicolas Dupont-Aignan, le président de "Debout la République", qui avait proposé le premier, dans un courrier aux neuf autres candidats, un "grand débat contradictoire". Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen s'y sont dits favorables.

"L'idée qu'on pourrait aller au premier tour de l'élection présidentielle sans avoir eu de débat entre les candidats (...) est une idée absolument irrecevable", a martelé mardi François Bayrou lors d'une conférence de presse consacrée à son projet de loi-cadre sur la moralisation de la vie publique qu'il entend soumettre à référendum le 10 juin, s'il est élu.

Le candidat centriste, qui considère qu'on "vole" la campagne aux Français, n'a pas apprécié la "une" de lundi du quotidien Libération, qui, pour évoquer sa situation délicate, titrait en petits caractères, au centre d'un grand à-plat orange, couleur du MoDem : "Bayrou perdu au milieu".

L'équipe de campagne de François Bayrou a répliqué dans la soirée sur la page d'accueil de son site internet en rééditant la Une du quotidien avec ce titre - "Les journalistes perdus en sarkholland" - et cette injonction du candidat : "Les derniers mois ont été multiplication de sujets de diversion pour le pays, pour éviter de regarder en face les vrais problèmes".

"Je le dis aux journalistes et à tous les responsables politiques, le ton et la forme de la campagne électorale doivent changer".

Sophie Louet, avec Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry, édité par Patrick Vignal

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