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Fusillade de la rue d’Isly: pourquoi Emmanuel Macron multiplie les gestes mémoriels sur la guerre d'Algérie

Emmanuel Macron s’est adressé ce mercredi aux pieds-noirs rapatriés d'Algérie, en jugeant "impardonnable" une fusillade qui avait fait une cinquantaine de morts dans leurs rangs en 1962. Depuis le début de son quinquennat, le président a multiplié les gestes mémoriels liés à la guerre d'Algérie. On pourrait presque parler d’une obsession algérienne.

Emmanuel Macron est le premier président français né après la guerre d'Algérie et il est aussi le président le plus obsédé par ces années sombres. Dernier épisode en date, l’hommage rendu aux pieds-noirs, ces 800.000 Français qui ont quitté l'Algérie juste après l'indépendance en 1962, en reconnaissant ce mercredi une faute "impardonnable" dont ils ont été victimes. La fusillade de la rue d’Isly, à Alger, en mars 1962.

C’était quelques jours après la signature des accords d’Evian. C’était foutu pour les partisans de l'Algérie française, mais ils ne l'avaient pas encore admis. Et le 26 mars, une manifestation s’est formée en soutien à des activistes ultras de l'OAS qui s’étaient barricadés dans le quartier de Bab el Oued, après avoir tué plusieurs soldats français.

Devant la grande poste de la rue d’Isly, des militaires français ont reçu l’ordre de bloquer les manifestants. Un coup de feu éclate et sans sommation, l’armée tire sur la foule… La fusillade va durer 14 minutes. Des manifestants supplient les soldats de cesser de tirer. René Duval, un jeune reporter de la radio belge enregistre tout… "Halte au feu, mon lieutenant": ces appels désespérés ne sont pas entendus. On comptera finalement 49 morts. Le soir même, le général de Gaulle prend la parole à la télévision mais il ne dit pas un mot sur cette fusillade. L'événement est longtemps resté tabou. L'armée française avait tiré sur des jeunes Français désarmés. C’est cette faute qu’Emmanuel Macron a reconnue ce mercredi.

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Macron avait commencé lorsqu'il était encore candidat

Le président a également évoqué un deuxième massacre, à Oran en juillet 1962. Un autre massacre également longtemps resté sous silence. C'était le jour de l'indépendance algérienne, le 5 juillet 1962. Une foule d'Algériens en liesse fêtait l’événement, puis les célébrations ont tourné à la chasse aux Français. Les pieds-noirs qui n’avaient pas encore quitté le pays, ont été pourchassés, dans la rue, chez eux, et même dans les hôpitaux. La vengeance des colonisés contre les colons. On a compté 700 morts, abattus par balle ou égorgés, ou bien lynchés. L’armée française comptait encore près de 20.000 hommes sur place. Mais ces soldats ont reçu l’ordre de ne pas intervenir. Ils ont laissé faire…

Emmanuel Macron n’est pas rentré dans les détails ce mercredi, mais il a dit que ce massacre devait être reconnu. La reconnaissance de ce qu’il s’est passé en Algérie, c’est une spécialité d’Emmanuel Macron. Il avait commencé lorsqu'il était encore candidat, en parlant depuis Alger, en février 2017, de la colonisation comme d’un crime contre l’humanité, "une vraie barbarie". Des termes qui avaient choqué les pieds-noirs et leurs descendants. D'où la main qui leur a été tendue ce mercredi…

Entretemps, Emmanuel Macron avait aussi reconnu, au nom de la République française, que le jeune mathématicien communiste Maurice Audin a bien été torturé à mort par l’armée française. Il a reconnu en mars dernier que l’avocat nationaliste Ali Boumendjel a bien été torturé et assassiné par des soldats français. En septembre dernier, Emmanuel Macron a demandé pardon aux harkis, ces soldats algériens qui combattaient avec la France et qui ont ensuite été abandonnés. En octobre, il a encore participé à la commémoration de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris. La police avait réprimé dans le sang une manifestation d'Algériens. Les bilans varient entre 40 et 200 morts.

Tout cela s’est passé il y a 60 ans. C’était une guerre civile avec ses pages sanglantes que la France a longtemps essayé d'occulter. Emmanuel Macron pense au contraire qu’il ne faut rien effacer, rien accepter, rien oublier.

Nicolas Poincaré