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Grèce: "Ils veulent nous mettre plus bas que terre"

Un rassemblement a eu lieu ce dimanche devant le Parlement grec

Un rassemblement a eu lieu ce dimanche devant le Parlement grec - AFP

REPORTAGE - Les dirigeants de la zone euro poursuivaient lundi matin de laborieuses mais toujours infructueuses tractations pour tenter de boucler un compromis permettant de maintenir la Grèce dans l'euro, à l'approche d'une réunion cruciale de la Banque centrale européenne. En attendant, à Athènes, le peuple gronde…

Aucune décision n'a encore été tranchée mais l'idée d'un "Grexit temporaire", avancée ce week-end par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, n'est plus à l'ordre du jour, a déclaré lundi le président du Parlement européen Martin Schulz. Une prise de position qui intervient alors que les négociations se poursuivent entre Athènes et ses créanciers. "Cette idée d'une sortie pour cinq ans n'est plus sur la table. Il est désormais inutile d'en parler", a-t-il ajouté. Pour autant, à Athènes, alors que l'avenir de leur pays se joue à Bruxelles, le peuple grec n'est pas serein.

"Nous ne sommes que des pions"

Un mouvement anti-austérité de quelques dizaines de personnes seulement a eu lieu ce dimanche soir sur la place Syntgma d'Athènes, située devant le Parlement grec. Mais les manifestants n'avaient plus vraiment le cœur à brandir leurs pancartes. A son visage fatigué, on devine que Vassili n’a pas beaucoup dormi. Ce comptable de 50 ans ne fait plus confiance à personne: "Je suis en colère ! J'en ai assez ! On a clairement dit non et tout d'un coup le gouvernement transforme notre réponse en oui. Tout ce que veulent les pays de la zone euro et de l'Union européenne, c'est humilier le peuple grec ! C'est leur but. Ils veulent vraiment nous mettre plus bas que terre !"

"Je n'en peux plus ! Faites ce que vous voulez. Trouvez une solution mais laissez-nous tranquilles, s'emporte aussi Anastasia, 30 ans, serveuse dans un bar, pour qui la situation est devenue insupportable. Cette histoire de référendum, je le sentais, c'était un piège. J'ai l'impression que les politiques jouent avec nous. Nous, les citoyens, nous ne sommes que des pions. Ces réformes, c'est la goutte de trop ! On ne peut déjà plus payer nos factures et si elles entrent en vigueur, cela sera encore plus difficile".

"Le peuple grec se sent bafoué"

Si aucun accord n'a encore été trouvé, s'il cède face aux créanciers, le gouvernement de gauche radicale d'Alexis Tsipras aura fort à faire pour amadouer son opinion publique, à laquelle il avait promis de rompre avec l'austérité et les diktats des bailleurs de fonds. "Aujourd'hui le peuple grec se sent bafoué, confirme Fotini, 50 ans, fonctionnaire dans un hôpital. C'est très dur à digérer. Il va nous falloir du temps pour accepter cette trahison. Mais je ne crois pas que Tsipras soit un traître professionnel. Il a subi des pressions, il a courbé l'échine devant les grands intérêts financiers. Et tout ça sur le dos du peuple".

Mais comment endurer davantage quand on est déjà tout en bas? Arodhula, pharmacienne de 57 ans, a déjà beaucoup donné ces cinq dernières années mais avec les réformes réclamées par la zone euro, voilà comment elle envisage son avenir: "Ce qui va se passer c'est que je vais devoir fermer ma pharmacie. Mon mari est fonctionnaire et son salaire a déjà été divisé par deux et j'ai peur qu'il baisse encore. Comment l'un de mes fils qui est au chômage va-t-il trouver du travail? Pour nous, cela serait signer notre arrêt de mort". La fierté de cette mère de famille, c’est son fils aîné: il a choisi de quitter la Grèce pour travailler à l’étranger. Cependant, Arodhula le sait: si le pays ne se redresse pas, son fils ne reviendra jamais.

Maxime Ricard avec Juliette Droz