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Grève des avocats: "Il n’est pas normal que la justice ne puisse pas du tout être rendue"

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Plusieurs centaines d'avocats ont à nouveau manifesté jeudi contre la réforme de l'aide juridictionnelle, malgré les annonces de Christiane Taubira.

La pression s'intensifie du côté des avocats. Après une semaine de grève, le Conseil National des barreaux se réunit ce vendredi en fin de journée pour se prononcer sur un éventuel appel à la grève générale illimitée de l'ensemble des barreaux français. Jeudi, une centaine d'avocats ont bloqué pendant plusieurs heures le tribunal de grande instance de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, affichant leur refus d'une réforme de l'aide juridictionnelle engagée par Christiane Taubira. Des actions similaires ont été menées à Toulouse.

La garde des Sceaux avait pourtant fait marche arrière ce mercredi, en renonçant à ponctionner les caisses gérées par les avocats pour financer l'accès à la justice des plus démunis. Elle s'est également dite prête à rouvrir les discussions sur leur rémunération. Mais pour les avocats, ce n'est pas assez. A Bobigny, les grévistes ont décidé de renvoyer toutes leurs affaires après le 30 octobre, annulant ainsi les audiences initialement prévues.

Autant de renvois qui vont peser sur des tribunaux déjà ensevelis sous les dossiers, et qui vont coûter cher. Car renvoyer une affaire, cela veut dire convoquer à nouveau les parties à une date ultérieure, et pour cela relancer toute une procédure de courriers officiels. A la Cour d'appel de Paris, les frais postaux des tribunaux représentent ainsi 20 millions d'euros par an.

"Cela devient inacceptable"

A cela il faut aussi ajouter le défraiement des interprètes, nécessaires quand le prévenu ne parle pas français, et qui ont été convoqués pour rien. Leur prestation peut aller de 30 euros de l'heure à plusieurs centaines d'euros pour les langues rares.

Enfin, les conséquences financières touchent également les justiciables, qui peuvent être privés du versement d'une pension alimentaire, de dommages et intérêts.

"Ce qui nous pose problème, ce sont les tribunaux qui sont complétement bloqués, car l’accès même au tribunal est bloqué par les avocats, dénonce Céline Parisot, secrétaire générale de l'Union Syndicale de la Magistrature.

"Il n’est pas normal que la justice ne puisse pas du tout être rendue. Dans certains tribunaux, vous allez attendre trois mois pour votre nouveaux procès et pour d’autres cela sera un an, un an et demi, voire même deux ans. Les délais deviennent inacceptables pour les personnes concernées. Sur le principe, nous ne sommes pas opposés au mouvement, mais un certain agacement commence à poindre. Cela devient inacceptable".

"Des violences dégradantes"

Les avocats fustigent également le climat tendu entre les manifestants et les forces de l'ordre présentes pour encadrer les revendications aux abords ou à l'intérieur des tribunaux.

Trois jours après celles de Lille, d'autres situations tendues entre avocats et forces de l'ordre ont eu lieu jeudi lors d'une manifestation des robes noires à Toulouse. Les avocats du barreau de Toulouse sont en grève depuis mercredi, et jusqu'à lundi. Ils se réuniront en conseil de l'ordre lundi pour décider de la poursuite ou non de leur grève.

"Je suis très inquiet de ces violences qui sont inouïes et dégradantes", regrette le président du Conseil national des barreaux, Pascal Eydoux. "Si les avocats sont conspués, molestés de la sorte par les représentants des forces de l’ordre, les avocats ont la possibilité de dire -tant qu’on ne garantit pas ma sécurité, je peux ne plus vouloir garantir ma mission, jusqu’à un abandon des palais de justice."

Léa Zacharie et Anaïs Bouitcha