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Grève des généralistes: "On en a assez d'être les moins bien traités"

Les médecins entament ce mardi un mouvement de grève

Les médecins entament ce mardi un mouvement de grève - PATRICK KOVARIK / AFP

Les médecins généralistes sont en grève à partir de ce mardi et jusqu'au 31 décembre. Ils protestent contre le projet de loi de santé de la ministre Marisol Touraine. Projet qui devrait être débattu début 2015 à l'Assemblée et qui prévoit notamment la généralisation du tiers-payant. RMC a recueilli les témoignages de plusieurs médecins qui expliquent pourquoi ils font grève.

Après les urgentistes, les généralistes. Les perturbations dans le monde médical se poursuivent avec le début d'un mouvement de grève des généralistes ce mardi et jusqu'au 31 décembre. Ils protestent contre le projet de loi de santé de la ministre Marisol Touraine qui devrait être débattu début 2015 à l'Assemblée. Dans le collimateur des médecins : la délégation de la vaccination aux pharmaciens, le pouvoir accru des agences régionales de santé ou la généralisation du tiers payant d'ici à 2017 (dispense d'avance de frais).

Surcharge de travail

Les médecins craignent de crouler sous la paperasse administrative, ainsi que les retards de paiement qu'entraînerait selon eux le tiers payant pour tous. C'est en tout cas ce qu'explique Bruno Deloffre, généraliste à Courbevoie dans les Hauts-de-Seine. En effet, il travaille seul, sans secrétaire, alors forcément, il doit tout fait tout seul. "Je fais l'accueil, les prises de rendez-vous, ouvrir le courrier, vérifier la comptabilité et tout ça au milieu des consultations" explique-t-il au micro de RMC.

Or, demain, si le tiers payant est généralisé, Bruno Deloffre devra en plus effectuer lui-même les démarches pour être payé. "Si jamais la mutuelle ne me paye pas, il faut que je trouve un interlocuteur et donc que j'identifie la mutuelle, que je trouve le numéro de téléphone et que j'appelle. Tout cela pendant les heures ouvrables, donc pendant mon temps de travail, donc des consultations en moins…" Une surcharge de travail d'autant moins acceptable que le tarif de sa consultation n'a pas bougé depuis trois ans.

"25 euros, comme tout le monde"

"Il y a quand même un moment où les coûts et les charges augmentent. On demande donc simplement que, par un juste souci d'égalité, la spécialité de médecine générale soit honorée de la même façon que n'importe quelle autre spécialité et donc que l'on passe à 25 euros, comme tout le monde". De manière générale, "les généralistes en ont assez d'être les moins bien traités du corps médical en particulier par ce que nos tarifs sont bloqués depuis trois ans et qu'on a de plus en plus de contraintes" assure Gilles Urbejtel, médecin généraliste à Mantes-la-Ville (Yvelines) et membre du syndicat MG France.

Mais la paperasse n'est pas la seule raison pour laquelle certains médecins s'opposent à la généralisation du tiers-payant. Sur RMC, Bertrand Legrand, médecin généraliste à Tourcoing, donne une autre explication : "Aujourd'hui les patients nous paient immédiatement quand ils viennent en consultation. Mais demain, avec le tiers-payant généralisé, le médecin va émettre la facture et la Caisse de sécurité sociale remboursera théoriquement en cinq jours si c'est une feuille de soins électronique et en 20 jours si c'est sur papier. Mais on sait, après étude, que ces délais ne sont pas tenus dans une facture sur deux". Conséquence? "Les médecins vont connaître pour la première fois des difficultés de trésorerie".

Maxime Ricard avec Marie Régnier