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Haïti: 5 ans après le séisme, la galère des parents adoptifs français

François Hollande poursuit sa tournée dans les Caraïbes par une visite officielle en Haïti. Il y a cinq ans, l'île était ravagée par un séisme qui a fait plus de 250.000 morts. 1.000 enfants avaient été rapatriés en France, auprès de leur famille adoptive. Depuis, les familles d'accueil font face à un combat juridique long et coûteux pour que leur adoption soit pleinement reconnue.

Après les Antilles françaises et Cuba, le président de la République est attendu à Port-au-Prince ce mardi après-midi, cinq ans après le séisme qui a ravagé l'île et fait plus de 250.000 morts. C'est la première visite officielle d'un chef de l'État français à Haïti.

Après la catastrophe, 1.000 enfants avaient été rapatriés en France auprès de leur famille adoptive, dans le courant de l'année 2010. Aujourd'hui, seule une trentaine ont obtenu, très récemment (au début de l'année) l'adoption plénière (ce qui veut dire que les liens entre l'adopté et sa famille d'origine sont rompus et que l'enfant peut bénéficier du même nom que ses parents adoptifs, NDR) de leurs enfants. Pour tous les autres, la galère administrative et juridique se poursuit.

"Il a fallu beaucoup de patience, il a fallu convaincre"

RMC a rencontré une famille parisienne qui a adopté deux petites filles haïtiennes après le séisme: Magda, 10 ans et Juliette, 6 ans. Elles ont rejoint Mattéo, 10 ans et demi, qui lui, avait été adopté avant le tremblement de terre. Survivantes du séisme, les filles de Christine sont arrivées en France trois semaines après le séisme. Depuis, leur maman n'a cessé de se battre pour enfin obtenir, il y a quelques semaines, leur adoption pleine et entière, après des années de procédure et plus de 6.000 euros de frais d'avocats et de justice. "Il n'y a pas d'égalité juridique sur les territoires, côté Français et côté Haïtien. Il a fallu beaucoup de patience, il a fallu convaincre. Ça a été un imbroglio", raconte Christine.

Un imbroglio juridique qui a compliqué le quotidien de la famille : impossible de voyager sans papiers en règles, par exemple. Et ce n'est pas tout.

"Chez le médecin ou à l'hôpital elles sont appelées n'ont pas sous leur nom d'adoption, mais sous leur nom d'origine biologique".

Malgré tout, Madga, 10 ans, se sent très bien intégrée en France. Et sa matière préférée à l'école ? "Le Français. Parce que j'adore la conjugaison, pour moi c'est facile".

"Il faut que l'État facilite les adoptions plénières"

Pour cette famille, la bataille est enfin gagnée: ils ont reçu leur livret famille il y a quinze jours. Mais pour tous les autres, il va encore falloir patienter. "Aujourd'hui un certain nombre d'enfants, et c'est tout à fait inégalitaire, bénéficient d'une adoption simple, d'autres d'une adoption plénière. Un certain nombre ont obtenu la nationalité française, d'autres pas", explique Olivier Janne, secrétaire de l'Association des Parents Adoptifs d'Enfants d'Haïti (APAE d'Haïti). "Il faudrait que les procédures juridiques s'harmonisent. Moi j'attends de l'État Français qu'il facilite l'adoption plénière, qu'il y est une politique d'intégration globale de ces enfants qui leur permette d'avoir une sécurité juridique totale".

Philippe Gril avec Amélie Rosique