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Hors des caméras, qui était vraiment Jean-Pierre Bacri?

LE PORTRAIT DE POINCA - Le comédien et scénariste est mort lundi à l'âge 69 ans.

C’est la disparition d’un boudeur, d’un misanthrope, d’un râleur. D’un homme qui disait ne pas aimer le bonheur, qui trouvait que la vie avait un goût amer. Qui détestait ceux qui affichent leur bonheur, il pensait que c'étaient des tricheurs.

Dans le film, Les sentiments en 2003, il se regarde dans la glace, et il lâche le verdict : "Vieux. Gros. Et moche". Dans Cuisine et dépendances, son chef d'œuvre, il râle encore (voir vidéo ci-dessus).

Jeunesse en Algérie puis à Cannes

Mais Jean-Pierre Bacri n’a pas toujours été râleur. Il a d’abord été Cacou. C’est un pied noir, né Castiglione en Algérie, son père était facteur la semaine et ouvreur au cinéma le week-end. Il lui a principalement appris que tous les hommes se valent du balayeur au président de la République.

Comme tous les enfants des français d'Algérie, il a quitté le pays en 62, il avait 11 ans, et il n'y est jamais retourné. Mais il disait se sentir de la même famille que les arabes. Il expliquait: "Je suis juif et donc cousin des arabes. Nous sommes tous sémites."

A l'indépendance de l'Algérie, ses parents s'installent à Cannes. Jean-Pierre Bacri y a grandi. C’est un cacou qui a une obsession. Je cite : "Baiser des gonzesses à tire-larigot".

Il monte à Paris à 23 ans découvre le théâtre mais il reste "un machiste, qui fait des blagues et qui n’a aucune conscience politique", comme il le disait.

Il a un premier rôle au cinéma de proxénète pied noir, dans Le grand pardon d’Alexandre Arcady, puis il passera le reste de sa vie à refuser les rôles de pied noir.

Une rencontre qui change la vie

Puis à 36 ans, c’est la rencontre. Agnès Jaoui, celle qui va changer sa vie, l'éveiller à la politique et au féminisme, discuter, discuter et discuter encore. Politiquement, il a aimé Michel Rocard parce qu’il le trouvait triste et sincère, puis Christiane Taubira parce qu’il la trouvait courageuse.

Bacri et Jaoui parlaient politique mais ils ont surtout fait des pièces de théâtre et des films. Des énormes succès, Cuisine et dépendances, Le goût des autres, Un air de famille. Il recevra 5 César, comme scénariste et comme acteur.

Agnès Jaoui et lui s'étaient séparés mais travaillaient toujours ensemble. Il disait en parlant d’elle : "Je n'imaginais pas qu’une telle connivence soit possible". Elle disait : “C’est celui qui a fait que je ne me suis plus sentie seule."

Une belle histoire entre cette "dépressive intelligente", et "ce casse-couilles qui fait la gueule".

Nicolas Poincaré (avec J.A.)