RMC

Incendie meurtrier à Saint-Denis: "Ce drame aurait pu être évité"

L'incendie de lundi dernier à Saint-Denis a décimé une famille presque entière. (Photo d'illustration)

L'incendie de lundi dernier à Saint-Denis a décimé une famille presque entière. (Photo d'illustration) - AFP

TÉMOIGNAGES - Une marche blanche est organisée ce dimanche à Saint-Denis, en hommage aux cinq victimes de l'incendie de lundi soir. RMC s'est rendue sans le quartier endeuillé, où les habitants, voisins, amis, ravalent difficilement leurs larmes.

Une marche blanche se tient ce dimanche après-midi en hommage aux cinq victimes de l'incendie d'un immeuble délabré à Saint-Denis lundi soir. Le feu, qui a également fait onze blessés, s'était déclaré en début de soirée au 6 rue Paul-Eluard. Une mère, ses trois enfants et une amie de la fille aînée sont morts, piégés dans leur appartement au 4e étage. Le père est toujours hospitalisé, il avait sauté par la fenêtre pour échapper aux flammes.

Deux autres incendies se sont déclarés le lendemain soir à Saint-Denis, faisant trois blessés légers. La municipalité a critiqué les copropriétaires peu soucieux de l'entretien de leurs biens et des conditions d'habitation décentes de leurs locataires.

"C'est intolérable"

RMC s'est rendue dans le quartier endeuillé, où les habitants, voisins, amis, sont bouleversés. Les riverains ont déposé des gerbes de fleurs au pied de l'immeuble incendié. Vanessa, une voisine ravale difficilement ses larmes.

"C'est tout une famille qui est partie. On est complètement bouleversé. C'est intolérable", lâche-t-elle au micro de RMC.

Le gérant du bar situé à l'angle de la rue a le coeur serré. Tous les jours, il voyait passer Lilia, 12 ans, décédée dans l'incendie.

"Je vois mon fils courir, j'ai les larmes aux yeux: je pense à elle. On est tous touché par cette histoire", confie-t-il.

"Course de vitesse sur la dégradation des immeubles"

Adlin, un voisin, va lui aussi participer à la marche blanche.

"C'est un devoir, une obligation morale. L'objectif, c'est de dire qu'on doit réagir face à de telles circonstances", explique-t-il.

En une semaine seulement, Saint-Denis a connu trois incendies. Aujourd'hui, le maire communiste de la ville interpelle le gouvernement. Didier Paillard demande plus de moyens pour lutter contre l'habitat insalubre.

"Il y a une course de vitesse sur la dégradation des immeubles, exploités par ce que l'on appelle des marchands de sommeil, qui ne paient pas les charges, ne permettent pas au bâtis d'être rénové, d'être remis aux normes", déplore-t-il sur notre antenne. "Et donc, il ne s'agit pas de gérer l'habitat insalubre, il s'agit de l'éradiquer".

La municipalité de Saint-Denis plaide pour la mise en place d'un "permis de louer" pour mieux localiser les logements indignes.

"En France, on attend que les drames arrivent"

Maud habite juste à côté de l'immeuble frappé par l'incendie lundi soir. Plusieurs jours après la tragédie, sa colère n'est toujours pas retombée.

"Ça me met en colère parce que ce drame aurait pu être évité", s'émeut-elle. "Pour moi c'est ça: en France, on attend toujours le dernier moment, on attend toujours que les choses se passent pour prendre des décisions qui pourraient sauver des vies, qui pourraient arranger les choses. Non, on attend que les drames arrivent. Et en plus, à Saint-Denis, ce n'est quand même pas le premier [incendie]. Donc je pense qu'aujourd'hui, une VRAIE politique sur le logement, qui pourrait sauver des vies, pourrait être menée. C'est pas qu'on n'a pas les moyens, c'est juste qu'il n'y a pas de volonté. Alors c'est bien beau les discours, mais ça serait sympa s'il y avait une véritable volonté d'agir".

L'enquête n'a toujours pas déterminé la cause du départ du feu (criminel ou accidentel), mais l'état de délabrement du bâtiment et la cage d'escalier en bois pourrait expliquer la rapidité à laquelle l'incendie s'est propagé.

C. P. avec Marion Dubreuil