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12 morts en moins de trois mois: qui en veut aux oligarques russes et à leurs familles?

Au moins six oligarques russes sont morts depuis le début de la guerre en Ukraine. Des morts très mystérieuses qui ressemblent à des suicides, mais des ressemblances entre les affaires mettent à mal cette théorie.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, au moins six oligarques russes sont morts dans des circonstances mystérieuses. Série de suicides ou d’assassinat? On ne sait pas encore, mais ces milliardaires avaient en commun de travailler dans le secteur de l'énergie.

Le dernier mort de cette très curieuse série remonte à 10 jours. La victime s’appelait Sergey Protosenya, il avait 55 ans et était ancien dirigeant de Novatek, le numéro 2 du gaz en Russie. C’est un homme qui vivait en France, mais qui était en Espagne avec sa famille pour les vacances de Pâques. On l’a retrouvé pendu dans le jardin. Puis dans la maison, la police a découvert les corps de sa femme et de sa fille de 18 ans, toutes deux tuées à la hache et au couteau dans leur lit.

La thèse d’un double meurtre commis par le père de famille suivie de son suicide a d’abord été retenue. Sauf que la veille, un autre milliardaire, Vladislav Avaev, avait été retrouvé mort dans son appartement de Moscou, appartement valant plusieurs millions d'euros. Avaev était un ancien vice-président de la banque de Gazprom. À ses côtés, on a retrouvé le corps de sa femme qui était enceinte, et le corps de sa fille de 13 ans. Tuées par balle dans leur lit.

Ce ne sont que les deux derniers d’une longue liste de suicides suspects. Le 24 mars, c’est un milliardaire de Novgorod qui a été retrouvé mort chez lui. Les veines coupées dans sa salle de bain. Sa femme et leurs deux garçons de 10 et 4 ans sont retrouvés dans leur lit tués au couteau. Le 28 février, c’est en Angleterre qu’un milliardaire russe, magnat du gaz et du pétrole, est retrouvé pendu dans son garage.

Trois jours avant, un ancien dirigeant de Gazprom est retrouvé dans son chalet près de Saint-Pétersbourg, pendu dans son garage. Et lorsque la police et les médecins légistes sont arrivés sur place, des équipes de sécurité de Gazprom leur ont refusé l'accès à la maison.

Une exécution des menaces de Vladimir Poutine?

Enfin, en janvier dernier, un ancien haut dirigeant de Gazprom avait déjà été retrouvé mort dans sa maison de Saint-Pétersbourg avec une lettre expliquant son suicide. Entre les milliardaires et leurs familles, on en est à 12 morts en moins de trois mois.

Et ces morts restent pour l’instant mystérieuses. On ne peut écarter que certains de ces milliardaires, pris à la gorge par les sanctions financières, incapables de maintenir leur train de vie, aient voulu mettre fin à leur jour. Mais l’idée que six d’entre eux se soient suicidés en si peu de temps, et dans des circonstances aussi proches, en tuant des membres de leur famille, est tout à fait invraisemblable.

Restent alors les hypothèses les plus complotistes. Un vaste règlement de comptes au sein du monde de l'énergie et du gaz en particulier. L'élimination d’hommes qui en savaient trop sur des fraudes, des magouilles ou des arnaques au sein de cet univers stratégique, et spécialement en ce moment, en temps de guerre.

Et s’il s’agit d’assassinats maquillés en suicide, il a fallu disposer de gros moyens pour commettre ces meurtres en Russie, en Espagne, en Angleterre. Et le regard se tourne forcément vers les services secrets russes ou vers les officines liées au Kremlin.

Vladimir Poutine a tenu récemment des propos très durs contre les oligarques. Le 16 mars, il a exigé, dans un discours, que les plus riches du pays fassent allégeance à sa politique et à la guerre en Ukraine. Il s’est moqué de ces milliardaires qui ne peuvent se passer de leurs villas sur la Côte d’Azur ou à Miami et de ce qu’il appelle la “soi-disant, liberté de genre”, sous-entendu, l’homosexualité qui règne chez ces dépravés d’occidentaux. Il a demandé aux milliardaires de choisir leur camp. “Vous êtes avec nous ou contre nous, et si vous n'êtes pas avec nous, vous serez traités comme des canailles et des traîtres nationaux”, a-t-il menacé.

C’est peut-être ce qui est arrivé à ces oligarques. Ils ont été traités comme des traîtres et des canailles. Eux et leurs familles.

Nicolas Poincaré