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Argent, KGB, déstabilisations: un livre qui retrace la carrière de Vladimir Poutine sort en France

Le livre de la journaliste britannique Catherine Belton, "Les hommes de Poutine", sort en France ce mercredi. Celui-ci est une enquête sur les coulisses du pouvoir russe et notamment sur les hommes qui gravitent autour de Vladimir Poutine.

“Les hommes de Poutine”, c’est le titre d’un livre qui sort ce mercredi en France. C’est la traduction d’une enquête anglaise qui présente le président russe sous un jour inquiétant. Ce livre de 600 pages avait fait beaucoup de bruit lors de sa sortie en anglais. Depuis, il s'est vendu à 800.000 exemplaires dans une vingtaine de pays. Il est signé par la journaliste britannique Catherine Belton, ancienne correspondante du Financial Times à Moscou. Il raconte comment Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir, comment il a remis le KGB au centre du jeu, comment il poursuit un objectif principal: restaurer la puissance impériale de la Russie.

Cette enquête se lit comme un roman d’espionnage. Et pour cause, Vladimir Poutine est un espion, qui s’est entouré d’espions. Le livre raconte des histoires de hauts fonctionnaires qui tombent par la fenêtre, opportunément. Ou bien d’un politicien qui est assassiné pour faire un cadeau d'anniversaire à un des adversaires.

Des pratiques qui remontent à loin. Vladimir Poutine a obtenu un premier poste à Dresde, en Allemagne de l’Est. La plupart des biographies de Poutine racontent qu’il n’y a pas fait grand-chose, qu’il a surtout assisté à la chute du mur de Berlin en 1989.

Ce n’est pas la thèse de Catherine Belton qui affirme que le jeune Vladimir Poutine était un officier supérieur de liaison avec la Stasi, la police secrète est-allemande, et que Dresde était une base clé pour les opérations du KGB, y compris des opérations meurtrières dans lesquelles Poutine aurait joué un rôle direct. Il est question d’un président de la Deutch Bank en Allemagne de l’Ouest tué dans un attentat en 1989.

Le but du KGB et de Poutine à l’époque, c'était d'affaiblir les pays capitalistes en y semant du désordre. Et Catherine Belton estime qu’en réalité, Vladimir Poutine, toute sa vie, a poursuivi cet objectif.

L'argent utilisé pour infiltrer les sociétés occidentales

Vladimir Poutine est aussi présenté comme un homme d’argent et comme un corrompu, pour dire les choses plus clairement. Dans les années 90, lorsqu’il était l’adjoint du maire de Saint-Pétersbourg, il avait mis sur pied un système de pots-de-vin grâce à son contrôle du port et de la raffinerie de la ville. Quand Boris Eltsine l’a fait venir à Moscou et lorsqu’il lui a finalement confié le pouvoir en 2000, Poutine a étendu son modèle à toute la Russie.

Poutine a chassé les milliardaires qui entouraient l’ancien président et les a remplacés par ses amis, tous anciens du KGB. Ils se sont emparés des secteurs clefs de l’économie. Ils voulaient le retour d’un État fort, mais ils n’ont pas oublié de se remplir les poches au passage. Poutine était et il est toujours le chef de ces oligarques, qui ont intérêt à lui être d’une loyauté sans faille.

Le livre décrit l'existence d’une sorte de caisse noire commune alimentée par les milliardaires obligés de Poutine. On appelle cela l'”Obs Chak”, cela veut dire le bien commun. C’est une pratique inspirée des caisses de solidarité des mafias russes et baltes. Et c’est par exemple en puisant dans cette caisse noire que Vladimir Poutine a fait construire son invraisemblable château au bord de la mer Noire. Un palais de presque 20.000 m² qui a coûté plus d’un milliard d’euros. On peut le comparer au château de Versailles. Pas pour le bon goût, mais pour la taille et le coût.

Une immense fortune qui est aussi utilisée pour corrompre les dirigeants occidentaux. Et en particulier la classe politique anglaise qui, d'après le livre, a ouvert les bras aux milliardaires russes et les a laissé racheter une partie des plus beaux quartiers de Londres. Trop de vieux nobles anglais ont été embauchés dans les conseils d'administration des entreprises russes.

C’est aussi Vladimir Poutine, d'après Catherine Belton, qui a poussé Roman Abramovich a racheté avec de l’argent sale, le club de foot de Chelsea, pour s’infiltrer dans cette institution qu’est le foot anglais.

Cet argent permet aussi et surtout de faire de la politique. De financer des partis d'extrême droite en Europe. De donner un coup de main à la campagne du Brexit, d’aider à l'élection de Donald Trump. Le livre cite un ministre de Poutine, ancien agent du KGB, qui dit: “Poutine pense que n'importe qui peut être acheté et jusqu'à présent, il a eu raison”.

Nicolas Poincaré