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Bienvenue sur Télé-Elysée !

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Nicolas Sarkozy parle à la télévision ce jeudi soir. Une émission consacrée à la crise et diffusée à la fois sur TF1 et sur France 2. La manière dont cette émission est organisée suscite la polémique. Et même choque.

La mise en scène de l'allocution présidentielle choque d’abord parce qu'elle est diffusée en même temps sur les deux grandes chaînes de TV. Ça a un petit parfum d’ORTF. A 20h15, si vous voyez les mêmes images sur TF1 et F2, ne touchez pas à vos réglages, c’est normal: c’est l’heure du président. Bien sûr, ce n’est pas l’Elysée qui impose cette double diffusion. Mais comme Nicolas Sarkozy a refusé toute demande d’interview réservée à une seule chaîne, ça revient au même. Le raisonnement vaut aussi pour le choix des journalistes: tout le monde sait que l’Elysée choisit ceux qui interrogent le président. Formellement, ce sont les chaînes qui avancent des noms – ou cette fois, un producteur – mais c’est le président qui tranche. En France, on a toujours connu ça ; mais ailleurs en Europe, ce serait inimaginable.

L'émission produite par le groupe Lagardère

Par ailleurs, le fait que l'émission soit produite par une société privée est contestable. Pas pour des raisons morales, ni politiques ou parce que le président devrait réserver sa parole au service public. De toute façon, personne n’est choqué qu’il aille à TF1. Pas non plus parce que le producteur en question (Jérôme Bellay) travaille pour le groupe Lagardère dont le dirigeant est un ami du président – c’est aussi vrai pour beaucoup d’autres médias. Non: c’est parce qu'on comprend mal pourquoi il faut recourir à des moyens extérieurs aux chaînes pour produire une émission aussi simple qu'un entretien statique de 1h15 dans un bureau à l’Elysée. Soit ça n’a rien d’extraordinaire et on peut douter de l’utilité d’une société privée. Soit c’est un très gros budget; et pour une émission sur la crise, c’est déplacé.

Sarkozy a besoin d'un moment solennel à la TV

Ne faisons pas l'injure à Yves Calvi et à Jean-Pierre Pernaut de penser qu’ils se prêteraient à une opération de propagande. De toute façon, c’est le spectateur qui juge – et il trouve rarement les journalistes assez impertinents. Là-dessus, pas d’hypocrisie : c’est bien normal que le président explique ce qui est en train de se passer en Europe, parce que l’inquiétude est légitime et que c’est son rôle. D’ailleurs il aurait dû le faire depuis longtemps. Mais c’est aussi une opération politique : Nicolas Sarkozy a grand besoin d’un moment solennel à la TV, en majesté, pour compenser l’impact des débats de la primaire socialiste – assez réussis et… très suivis. Valérie Pécresse a dit que l’émission de ce soir était simplement « un rendez-vous naturel avec les Français ». Disons que c’est un « naturel » qui est revenu au galop… après les records d’audimat des socialistes !

Un modèle à rénover

Ne peut-on pas estimer qu'il est temps d'en finir avec les grand-messes présidentielles ? Que le président de la République devrait répondre sur une seule chaîne et sans intervenir sur la forme ni sur le choix de l’interviewer ? Ceux qui veulent l’écouter sont assez grands pour choisir. Et que l'on sorte de l’arithmétique surréaliste des temps de parole: le chef de l'Etat est tout le temps président et presque toujours candidat. Donc on peut tout décompter… ou rien du tout. On peut surtout considérer que le service public a une obligation d’équité mais que les chaînes privées, elles, interrogent qui elles veulent tant qu’elles veulent. Demain, personne ne comptera le nombre de pages que la presse écrite consacrera à l’émission.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce Jeudi 27 octobre 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno