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Bouteille d'eau, KGB... et CNN: ce que l'on sait des nouvelles révélations sur l'empoisonnement de l'opposant russe Navalny

EXPLIQUEZ-NOUS - Un collectif de médias affirme avoir identifié les auteurs de l'empoisonnement de l’opposant russe Alexeï Navalny. Une quinzaine d’agents des services secrets russes seraient responsables de cette tentative de meurtre.

Ce que l’on sait, c’est justement ce que l’on ne devrait pas savoir. Ce qu'un service secret devrait être capable de garder secret. C'est à dire les noms, les fonctions, les photos d’une quinzaine d’espions, le nom du service qui a mené l’opération et le déroulé des faits.

Si l’on en croit cette enquête journalistique. Deux équipes de 5 ou 6 agents du FSB, l’ex-KGB, étaient mobilisées depuis des années pour suivre Navalny, le principal opposant à Vladimir Poutine.

Ces équipes comprenaient des médecins et des spécialistes en toxicologie. Elles sont basées au sud de Moscou, dirigées par le colonel Stanislav Makshadov, ancien de l’institut ou a été développé et produit le Novichok. Ce terrible poison militaire qui a failli tuer Navalny.

Que s’est t-il passé exactement en août dernier?

Alexeï Navalny faisait une tournée en Sibérie. Il était suivi par plusieurs agents du FSB coordonnés depuis Moscou par un officier Oleg Kayatin. Ils ont finalement réussi à l'empoisonner, non pas en mettant du Novichok dans son thé le matin à l'aéroport, mais plutôt la veille au soir dans sa chambre d'hôtel. Des traces de poison ont été retrouvées dans une bouteille d’eau. Il est possible qu’il y en ai aussi eu sur son oreiller ou dans son shampoing. Ou bien les trois à la fois.

Finalement c'est le lendemain à bord d’un avion que Navalny s’est soudain tordu de douleur. Il doit la vie au pilote qui a décidé de se poser d’urgence. L’opposant a ensuite été transféré en Allemagne où il a été soigné. Un laboratoire Allemand puis un Français ont déterminé avec certitude qu’il avait bien été victime du Novichok, poison militaire dont l’usage est absolument interdit.

Qui est à l'origine de ces révélations?

Un collectif de médias qui rassemble un site d’information russe, deux grands journaux européens, l’allemand Der Spiegel et l’espagnol El Pais, et une télévision américaine CNN.

CNN qui est allé frapper à la porte du domicile de l’officier soupçonné d’avoir tout coordonné, Oleg Kayakin. Il leur a claqué la porte au nez sans répondre. Mais l’idée qu’une télé américaine puisse venir sonner chez un espion russe à Moscou, ça a fait du bruit au plus haut niveau.

Comment ces médias ont-ils pu obtenir des informations aussi confidentielles?

En espionnant les espions. En épluchant des milliers de relevés téléphoniques, des centaines de listes de passagers sur les avions, des données de géolocalisation. C’est en tout cas ce qu'expliquent les journalistes en précisant que toutes ces informations étaient faiblement protégées.

Ils ont fini par trouver les vraies identités des agents qui agissaient parfois de façon assez amateur. Les espions voyageaient souvent sous le nom de jeune fille de leurs femmes. Ou bien ils changeaient leur date de naissance. Mais d'un an exactement.

En tout cas les médias ont publié ce qu’ils présentent comme l'organigramme complet de ce service d’empoisonneurs, ce qui est un terrible camouflet pour l’ex KGB.

Jusqu'où remontent les responsabilités, selon cette enquête ?

Jusqu’au sommet! L’existence d’un service spécialisé dans l'empoisonnement au sein du FSB met en cause le patron des services secrets, qui ne peut pas avoir agi sans l’accord du président Vladimir Poutine, lui-même ancien du FSB.

Vladimir Poutine qui a réagi comme d’habitude, comme un animal au sang froid. Il a expliqué vendredi qu’il n’était pas nécessaire d’ouvrir une enquête. “Parce qu’on ne le fait pas chaque fois que quelqu’un a failli mourir”.

Quant à Alexeï Navalny, il a pris connaissance de ces révélations et s'est montré assez choqué. Il ne savait pas qu’il avait été suivi par ces équipes d'espions au cours de 30 voyages en Russie depuis 2017.

L’opposant se trouve toujours en convalescence en Allemagne. Mais il est déterminé à rentrer en Russie dès qu’il ira mieux. 

Nicolas Poincaré (avec J.A.)