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Crimes de guerre en Ukraine: une culture de la violence au sein de l'armée russe

Les images de la ville de Boutcha en Ukraine ont choqué le monde. On y a vu les corps de civils à même le sol dans les rues de la ville. Alors que les Ukrainiens dénoncent un crime de guerre, une enquête internationale va être ouverte. Mais l'armée russe a un passé violent avéré qui ne laisse guère de doute sur leur responsabilité.

Le monde entier est sidéré par les images de crimes de Boutcha, en Ukraine, avec notamment ces dizaines de corps de civils retrouvés après le départ de l'armée russe.

Une enquête internationale devra démontrer qui a fait quoi à Boutcha. Combien y a-t-il de victimes civiles, à quelle date ont-elles été tuées, par quelles unités? Il faudra répondre à ces questions, mais sans attendre, on peut l’affirmer clairement: les soldats de l'armée russe ont commis des exactions, de nombreuses exactions, des assassinats, des viols, des pillages. Il y a trop de témoignages pour que l’on puisse en douter.

Des récits d'horreur

Plutôt qu’une longue liste, on peut vous citer un seul exemple. Les récits recueillis par Margaux Benn pour Le Figaro. Il est question de soldats russes à Boutcha qui viennent visiter les maisons le matin pour voir qui y vit. Puis qui reviennent le soir, tuent les hommes, se servent à manger et à boire puis violent les femmes et les filles. Devant les enfants. Difficile à ce stade de dire s’il s’agit de bavures individuelles ou d’une stratégie délibérée de la terreur.

De là à parler d’une culture de la violence au sein de l'armée russe? Sans aucun doute. Une violence dont les soldats sont les premières victimes. Il existe une solide tradition du bizutage dans l'armée russe. Ça s’appelle la “dedovchtchina”, littéralement cela veut dire “la loi des grands-pères”, c'est-à-dire tous les mauvais traitements qu’un ancien a le droit d’infliger à la jeune recrue qui vient d'arriver. Cela peut aller très loin dans les sévices et les humiliations. Et l’on sait que lorsqu’on a soi-même été victime de violences, on peut plus facilement devenir un bourreau.

Cette violence gratuite existait déjà en Tchétchénie, il y a une vingtaine d'années. J'avais personnellement pu voir un officier qui a fait venir un jeune soldat juste pour le frapper, lui asséner des coups-de-poing au visage en exigeant qu’il ne se défende pas. C’était pour rigoler et pour nous impressionner, nous montrer son pouvoir.

L'ADN de la violence dans l'armée russe

L'armée russe, c’est une armée de près d’un million d’hommes avec environ la moitié de soldats professionnels et la moitié de conscrits, c'est-à-dire des jeunes qui font leur service militaire. Et elle a la particularité d'être effectivement sous encadrée. Il y a les officiers supérieurs et la troupe, et rien entre les deux. Il manque les sous-officiers, ceux qui justement dans les armées occidentales assurent la discipline. Résultat les soldats sont souvent laissés à eux même.

Cette violence s’explique peut-être aussi par les défaites subies. On a par exemple découvert à Boutcha, l’ampleur des revers subis par les Russes, on a vu le nombre de leurs tanks et de leurs blindés carbonisés. On devine les pertes qu’ils ont subi avant de finalement recevoir l’ordre de se replier. C’est donc une armée défaite qui a quitté la ville, et il n’y a rien de plus dangereux que des soldats battus, humiliés qui rêvent de venger leurs camarades.

Ajoutez lorsque les opérations militaires se passent mal, comme c'était le cas autour de Kiev, les officiers ont une énorme pression et deviennent moins regardants sur le comportement de leurs troupes.

Ajoutez encore qu’on parle d’une armée mal nourrie, mal payée, corrompue, alcoolisée. On a vu des militaires quitter la région de Kiev en emportant des machines à laver volées chez l’habitant.

Une violence est assumée au plus haut niveau de l'État

Les deux dernières guerres de l'armée russe ont déjà été extrêmement violentes. En Tchétchénie au début des années 2000 et en Syrie au milieu des années 2010. Grozny la capitale Tchétchène et Alep sont deux grandes villes qui ont été entièrement rasées. Transformées en parking.

Les morts se sont comptés en dizaine de milliers, hommes, femmes et enfants. L'armée russe a fait preuve d’une violence aveugle, en ciblant des hôpitaux et des écoles. Et cette violence est assumée au plus haut niveau de l'État. Il faut se souvenir qu’en septembre 1999, Vladimir Poutine, tout nouveau Premier ministre, encore très peu connu, avait lancé la guerre en Tchétchénie en disant: “On ira les buter jusque dans les chiottes”. Quand un président dit ça, ses soldats exécutent.

Nicolas Poincaré