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Démission de Liz Truss: le Royaume-Uni s'enfonce dans une double crise économique et politique

Avec la démission de Liz Truss, le Royaume-Uni continue de s'enfoncer dans une double crise politique et économique. Entre inflation galopante et valse des Premiers ministres, l'inquiétude monte chez les Britanniques qui voient leur pouvoir d'achat s'amenuiser face à la plus grande inflation depuis 40 ans dans le pays.

Après la démission de la Première ministre Liz Truss jeudi, le Royaume-Uni continue de s’enfoncer dans sa plus grave crise économique depuis 40 ans. La compagnie aérienne Ryanair a tweeté une fausse carte d'embarquement au nom de Liz Truss, destination "n’importe où".

En réalité, c'est tout le pays qui ne pas où il va. La livre et la Bourse, le London Stock Exachange, sont au plus bas quans les taux de crédit remontent. Surtout, la flambée de l’énergie fait galoper l’inflation, qui a dépassé 10% en septembre, un record parmi les grands pays, un plus haut depuis 40 ans.

A cause de cette flambée des prix, la moitié des britanniques sont obligés de sauter un repas. Un ménage sur deux opte pour des plats déjà cuisinés afin de réduire l'utilisation du gaz ou de l'électricité.

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"La pire période qu'on n'ait jamais connu"

De plus, le pays n’a plus de gouvernement et donc pas non plus de plan pour sortir de la crise. Les candidats à la succession de Liz Truss à Downing Street sont nombreux mais vu de l’état désastreux des finances publiques, les inquiétudes manifestées par le FMI et les agences de notation, les risques de faillite de fonds de pension voire de banques, le futur Premier ministre devra mener une politique inverse à celle que souhaiterait mener tout Premier ministre conservateur, à savoir augmenter les impôts et réduire la dépense publique.

Pour les Britanniques, la crise va être longue. Huit britanniques sur dix touchant un petit salaire assurent qu’ils traversent "la pire période qu'ils aient jamais connue" au niveau financier. Et cela devrait durer. Selon la fédération syndicale britannique, le pouvoir d’achat ne retrouvera qu'en 2028 son niveau de 2008, avant la crise financière, soit 20 ans de perdus.

Les Britanniques souffrent et sont inquiets. "Il y a des gens dans ce pays qui se demandent comment payer leur facture de carburant et acheter de la nourriture. Et maintenant on n'a plus de Première ministre", s'alarme Jan, retraitée, croisée par RMC dans les rues de Londres.

"Tout est suspendu. J'ai l'impression que le pays est perdu et je me demande qu'est-ce qui nous arrive et comment le reste du monde nous voit", s'inquiète Anne, elle aussi à la retraite.

Les limites du parti conservateur ?

Une crise économique combinée à une crise politique. Un cocktail détonnant pour le Royaume-Uni selon Alma-Pierre Bonnet, Maître de Conférences en Civilisation Britannique.

"Le parti conservateur qui se targue d'être le parti naturel de gouvernement montre ses limites et semble ne pas avoir de solutions" note l'universitaire.

En tous cas, pour lui, "le mandat de Liz Truss semble renforcer cette idée. Ce n'est pas un vide du pouvoir parce qu'elle va continuer à être Première ministre jusqu'à la nomination d'un nouveau chef, mais ça renforce cette incertitude pour l'avenir et pour de nombreux britanniques."

Pour éviter que cette période ne dure trop longtemps, les Tories précisent que le prochain locataire du 10 Downing Street sera désigné avant le 28 octobre. Une semaine d'attente pour mettre fin à 45 jours de mandat de Liz Truss et sortir le pays de l'ornière. Selon un sondage YouGov, 79% des britanniques considèrent que l’ex-Première ministre a eu raison de démissionner.

Emmanuel Lechypre et Caroline Philippe avec MM