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Elle a été la "femme la plus puissante d’Europe": après 16 ans de règne, Angela Merkel entre dans l'Histoire

Une page va se tourner ce week-end en Allemagne. Angela Merkel quitte le pouvoir après 16 ans de règne.

Elle va rester dans l’histoire alors qu’elle avait totalement raté son premier rendez-vous. 

Le soir de la chute du mur de Berlin, alors qu’elle vivait à 500 mètres de l'événement, elle est allée au sauna avec sa bande de copines et elle s’est couchée sans savoir que le communisme venait de s'effondrer à deux pas de chez elle.

La jeune est-allemande s’est ensuite vite rattrapée. Un an après, elle devient députée de l’Allemagne réunifiée et 15 ans après elle renverse son mentor Helmut Kohl et devient chancelière. Elle va rester dans l’histoire pour avoir été la première femme à diriger l’Allemagne. La plus jeune à ce poste, élue à 51 ans. La première à venir de l’est et surtout pour avoir battu tous les records de longévité. Aucun autre dirigeant européen n’est resté comme elle 16 ans à la tête de son pays.

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Elle a connu quatre présidents Français. Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron. Et elle a entretenu avec les quatre des liens très forts.

Elle a souvent été désignée comme la femme la plus puissante d’Europe. Ou même la plus puissante du monde, avec par exemple un jour où elle s’est retrouvée au cœur d’un incroyable bras de fer.

En février 2015, la Russie est en train d’envahir l’Ukraine. Elle donne rendez-vous à Vladimir Poutine à Minsk et elle s’y rend avec François Hollande. La discussion dure toute la nuit, elle tient tête à Poutine et obtient la signature d’un cessez-le-feu. La trêve ne durera pas très longtemps, mais le fait est que cette nuit-là, Barack Obama lui avait confié les clefs, Angela Merkel était bien la championne du monde occidentale.

Exactement un mois avant, elle avait déjà montré son influence. Au soir de l’attentat de Charlie Hebdo, elle avait appelé François Hollande et lui avait dit: “Il y a une manifestation dimanche à Paris ? Je viens !” Et dans la foulée de cette annonce, 44 chefs d'État et de gouvernement décident de venir aussi. Angela Merkel avait donné le ton…

Elle va entrer dans l’histoire et pourtant, son bilan est assez maigre

C’est le paradoxe, en réalité Angela Merkel à gérer l’Allemagne avec pragmatisme, mais elle n’a pas fait grand-chose. Elle n’a initié aucune grande réforme économique. Et sur le climat, elle ne s’est pas montrée très ambitieuse. Sur l'Europe, elle n’a pas fait avancer les choses. Sur la transition digitale, elle a laissé l'Allemagne accumuler du retard. En fait, les grandes décisions prises sous son règne ont été dictées par les événements.

En 2011, elle décide de sortir du nucléaire en 10 ans. Elle l’annonce quelques jours après la catastrophe de Fukushima au Japon alors qu’elle avait toujours été pro nucléaire jusqu’à là. Elle prend cette décision capitale sous la pression de l’opinion et sous le coup de l’émotion. Et résultat, il faut remettre en service les centrales à charbon très polluantes.

Pareille lors de la crise des migrants en 2015. Angela Merkel envisage d’abord de fermer les frontières, mais les télévisions montrent des images dramatiques des migrants sur les routes. Elle craque et décide d'accueillir un million de réfugiés. Elle a ensuite reconnu que c’était une décision totalement improvisée.

Pourtant, elle part au sommet de sa popularité

Avec 80% d’opinion favorable. C’est le triomphe de la modestie et de la compétence. Les Allemands la jugent ennuyeuse, sans charisme, timide, pas éloquente. Mais il apprécie sa rigueur, sa prudence, son pragmatisme.

Elle est rassurante et c’est pour ça qu'on l'appelle Muttie, Maman. Elle a gagné une de ses campagnes électorales avec un slogan d’une incroyable simplicité :”Vous me connaissez”. Effectivement, les Allemands la connaissaient et elle leur allait très bien depuis 16 ans.

Nicolas Poincaré