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Emmanuel Macron en Algérie: ce qu'il faut savoir sur le contexte de cette visite

Le président français Emmanuel Macron se rend en Algérie pour trois jours à partir de ce jeudi. Un voyage qui a pour but de poursuivre le travail d'apaisement commencé il y a plusieurs mois par le chef de l'Etat.

Emmanuel Macron entamera ce jeudi une visite officielle de trois jours en Algérie. L’objectif est de poursuivre le travail d’apaisement entre les deux pays. Pour Emmanuel Macron, c’est un objectif majeur. Parce qu'on explique à l’Élysée que l'Algérie, ce n’est pas seulement un dossier international, c’est aussi une affaire franco-française. Apaiser les tensions avec l'Algérie, c’est aussi apaiser les tensions en France, entre les Français d'origine algérienne, les descendants des pieds-noirs ou des harkis.

Cette politique d'apaisement n’a pas de grands succès pour le moment. Il faut dire que tout a très mal commencé. Avant même son élection pendant la campagne de 2017, Emmanuel Macron s’était rendu à Alger et il avait parlé de la colonisation française comme d’un crime contre l’humanité et d’un acte de barbarie. Et puis quelques jours plus tard, à Toulon, il avait rectifié le tir en s'adressant aux pieds-noirs et en leur disant “Je vous ai compris”. Célèbre phrase du général de Gaulle aux Français d'Algérie, mais souvenir amer pour les pieds-noirs puisque de Gaulle les a ensuite abandonnés.

Bref, en deux déclarations contradictoires, Emmanuel Macron avait semé la confusion et avait réussi à se fâcher avec tout le monde. Pourtant, depuis son élection, le président a multiplié les gestes. Emmanuel Macron a reconnu, au nom de la République française, que le jeune mathématicien communiste Maurice Audin a bien été torturé à mort par l’armée française. Il a reconnu que l’avocat nationaliste Ali Boumendjel a bien été torturé et assassiné par des soldats français.

La France a renvoyé en Algérie les restes de 24 combattants résistants algériens du 19e siècle, qui avaient été arrêtés et décapités et dont les crânes étaient conservés au musée de l’Homme. Emmanuel Macron a aussi fait déposer une gerbe sur la tombe de manifestants algériens tués par la police à Paris en 1962.

Des tensions l'année dernière

Enfin et surtout, Emmanuel Macron a initié le rapport de Benjamin Stora. L’historien a fait un énorme travail et proposé une série de mesures de reconnaissance et de réparations des fautes.

Mais les autorités algériennes jugent que ces gestes d’apaisement ne sont pas suffisants. Notamment parce qu’Emmanuel Macron n’a pas voulu s'excuser auprès des Algériens. La position officielle de la France, c’est la reconnaissance des fautes ou des crimes, mais pas la repentance. Alors que le président algérien Abdel Majib Tebboune l’a dit et répété, il veut des excuses en bonne et due forme. Il estime que les crimes “hideux” commis par la France ne sont ni prescrits ni pardonnables.

Et lorsque la France a commémoré en mars dernier les 60 ans de la fin de la guerre, l’ambassadeur algérien à Paris a été convié à l’Élysée, mais il n’a pas jugé utile de répondre à l’invitation.

L’intransigeance des Algériens a fini par exaspérer Emmanuel Macron. En septembre dernier, devant des jeunes Français concernés par la question algérienne, il avait lâché que l'Algérie est un système politico-militaire qui entretient une rente mémorielle. Ce qui est factuellement assez exact. La phrase du président français avait provoqué une énorme colère en Algérie. Alger avait rappelé son ambassadeur pendant trois mois.

La crise s’était ensuite aggravée avec la question des visas. Les Algériens refusent trop souvent les papiers nécessaires pour expulser de France un de leurs ressortissants. Par mesure de rétorsion, Paris avait drastiquement réduit le nombre de visas accordés aux Algériens.

On en était donc là, dans cette situation très tendue, lorsque les deux présidents ont cet été décidé de se voir et de tenter de se rapprocher. D'où cette longue visite qui commence jeudi et qui est officiellement qualifiée de visite de l’amitié.

Nicolas Poincaré