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En Syrie, l'abandon des principes

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Alors que la répression se poursuit en Syrie, l’Union européenne met en place aujourd’hui des sanctions financières contre 13 dirigeants syriens et un embargo sur les ventes d’armes. Ces sanctions de principe masquent l’abandon… des principes.

Le printemps arabe devait bien avoir une fin. Il s’enlise en Tunisie, il inquiète en Egypte, et il est en train d’être noyé dans le sang en Syrie, par l’un des derniers régimes staliniens du monde. On parle de 700 morts, de milliers d’arrestations, de tortures. A Damas, on jette en prison les vendeurs de matériel informatique – c’est plus efficace que de bloquer les accès à internet ; ce qui prouve que le régime syrien est à la pointe de la technologie. Alors que pèse ce petit froncement de sourcil européen face à un tel déferlement de violence et de répression ? Pour les armes, la Syrie a déjà tout ce qui lui faut. Quant au gel des avoirs, la liste des 13 dirigeants syriens concernés ne mentionne pas Bachar el Assad. On a sans doute eu peur qu’il se vexe…

Nicolas Sarkozy comme Barack Obama ont tous les deux qualifié d’« inacceptable » la situation en Syrie. Allons-nous pourtant l’accepter ?

Disons-le clairement : c’est déjà fait ! On n’attribuera pas au président Assad le prix Nobel de la paix, mais il mérite celui du cynisme – et hélas, il faut bien dire que nos démocraties pourraient le partager avec lui. L’ONU a déjà mandaté des forces d’intervention en Libye et en Afghanistan. Dans les deux cas, ça n’a pas été facile de réunir un consensus et tous les pays qui y sont engagés se demandent comment en sortir. Aujourd’hui, ni la Ligue arabe – qui a lâché Kadhafi – ni la Russie ni la Chine ne laisseraient se déclencher une opération contre Damas. Et ni les Etats-Unis ni la France, ni même Israël, ne courront le risque d’un séisme politique au Proche-Orient. Résultat : en Syrie, on peut massacrer tranquille. Avant d’être dictateur, Bachar el Assad était ophtalmologiste ; mais le monde entier ferme les yeux sur ce qu’il fait dans son pays.

Pas tout à fait : Paris et Washington s’opposent à la candidature de la Syrie au conseil des droits de l’homme de l’ONU. Est-ce que ça sert à quelque chose ?

C’est le moins qu’on puisse faire – mais là encore, quelle mascarade ! Vous savez qui siège dans ce conseil ? La Chine, Cuba, la Russie, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, Bahrein, le Qatar. Uniquement des démocraties éclairées – une sorte de « dream team » de la défense des libertés individuelles. La Libye en faisait partie mais elle a été suspendue en février après le début des représailles ordonnées par Kadhafi contre les insurgés dans son pays. Maintenant, les diplomates s’escriment pour empêcher Damas d’avoir son mot à dire sur les droits de l’Homme pendant que la répression continue de plus belle en Syrie. La belle affaire !

Est-ce que le régime syrien n’est pas quand même condamné à court terme ?

C’est loin d’être sûr. Voilà 40 ans que les Assad père et fils font régner la terreur en Syrie. C’est parce que le régime syrien s’était engagé contre Saddam Hussein dans la 1ère guerre du Golfe (en 1991) qu’on lui a concédé lâchement la suprématie sur le Liban. Sarkozy comme Chirac a essayé de s’en faire un allié. On espérait évidemment lui vendre des missiles et des avions. Mais l’embargo qu’on lui impose va de toute façon empêcher toute livraison. Tant pis pour notre commerce extérieur. Et tant pis pour le soulèvement syrien. Plus d’armes pour le dictateur, mais des larmes pour son peuple. Seulement des larmes.

Ecoutez «le parti pris» du mardi 10 mai avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC:

Hervé Gattegno