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Etats-Unis: pourquoi Joe Biden peut craindre énormément les "midterms"

Aux Etats-Unis, les "midterms", les élections de mi-mandat, ont lieu ce mardi. Les républicains sont donnés favoris. Et leur victoire entraînerait une fin de mandat très compliquée pour Joe Biden.

Les Américains votent ce mardi pour renouveler entièrement la Chambre des représentants, ainsi qu’un tiers du Sénat. Ce sont les "midterms", les élections de mi-mandat. Les sondages prédisent que les démocrates de Joe Biden pourraient perdre la majorité au moins à la Chambre des représentants et peut-être aussi au Sénat. Ce ne serait qu’une demi-surprise, puisque ces dernières années, les présidents en exercice ont tous perdu les élections de mi-mandat et par conséquent ont tous vécu ensuite une sorte de cohabitation. Ce qui parfois ne les a pas empêchés d'être réélus ensuite. C’est par exemple ce qui était arrivé à Barack Obama…

Pourtant, cette fois-ci, les enjeux semblent plus importants pour Joe Biden. Pour deux raisons. La première, c’est qu’il est contesté au sein de son propre camp. Principalement à cause de son âge et de son manque de leadership. En cas de grave défaite ce mardi, il ne sera sans doute pas en position de se représenter dans deux ans, et ce serait donc déjà le début d’une fin de règne.

L’autre raison c’est qu’il a, en face de lui, une opposition républicaine très revendicative qui a déjà prévenu qu’en cas de nette victoire, elle lancerait sans attendre une procédure de destitution. Une procédure qui n’aurait aucune chance d’aller jusqu’au bout puisqu’il faudrait qu’elle soit votée par les deux tiers des sénateurs, mais qui pourrait bien pourrir la fin de mandat de Joe Biden.

Quels seraient les autres conséquences d’une victoire des républicains? Ce serait une paralysie de la vie politique. Si les républicains remportent une des chambres et encore plus s’ils emportent les deux, Joe Biden ne pourrait plus faire passer aucune loi et serait obligé de gouverner par décret. Les républicains pourraient refuser de voter le budget et mettre l'État fédéral en cessation de paiement. Ce que l’on appelle le shutdown, qui s'était produit sous Barack Obama. A ce moment-là, les fonctionnaires fédéraux ne sont tout simplement plus payés…

Les républicains auraient également la main sur les commissions d'enquête. Ils pourraient mettre un terme à celle qui travaille actuellement sur l'assaut des partisans de Donald Trump contre le Capitole en janvier 2021. A l’inverse, ils pourraient lancer une commission d'enquête sur le fils de Joe Biden, Hunter Biden, soupçonné de fraude fiscale.

Bref, s’ils l’emportent largement, les républicains peuvent vraiment faire des deux ans qui viennent un cauchemar pour le président…

Les partisans de Donald Trump veulent prendre leur revanche

Joe Biden a estimé ce week-end que la démocratie est en danger, parce qu’un certain nombre de candidats républicains ont déjà fait savoir qu’ils n’accepteraient pas leur éventuelles défaites, dénonçant par avance les fraudes et les manipulations. Et le parti républicain a investi un nombre important de d’hommes et de femmes politiques qui continuent à penser que Donald Trump a gagné la dernière présidentielle et qu’il s’est fait voler sa victoire. Donald Trump, qui était en meeting ce week-end et qui a promis à ses partisans une très, très bonne nouvelle très, très bientôt. C'est-à-dire l’annonce de sa candidature à la présidentielle de 2024, qui devrait intervenir la semaine prochaine…

Or, ce mardi, on ne vote pas seulement pour les membres du congrès, pour les gouverneurs, pour les sheriffs ou les procureurs. On vote aussi pour les secrétaires d'États. Ce sont ceux qui sont chargés, dans chaque Etat, d’organiser les élections et de valider les résultats. Et beaucoup des candidats républicains à ces postes sont des partisans de Donald Trump qui rêvent de l’aider à prendre sa revanche dans deux ans… D'où les inquiétudes exprimées par Joe Biden mais aussi par Barack Obama.

Ce qui est certain, et nouveau et inquiétant, c’est qu’une partie de l’opinion américaine n’a plus confiance en ses institutions démocratiques. Sur fond de montée du populisme et du complotisme. Avec des risques de violences politiques… La presse américaine affirme que le pays n’a jamais été aussi divisé.

Nicolas Poincaré