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"Expliquez-nous": pourquoi la France et la Turquie se défient-elles en Méditerranée?

Tensions en Méditerranée ou la France, venue au secours de la Grèce s'oppose à la Turquie. En jeu, d'éventuelles importantes réserves de gaz qui pourraient intéresser de nombreux acteurs.

Le ton monte dangereusement entre la Turquie et la Grèce en Méditerranée. Et la France a clairement pris position pour la Grèce. Des navires français vont participer aujourd’hui a des manœuvres militaires. Et c’est une histoire qui pourrait mal tourner, la moindre étincelle pouvant entraîner une catastrophe, craint l’Allemagne.

À l'origine des tensions, il y a une île. Kastellórizo, un minuscule îlot en mer Egée, à 3 kilomètres seulement de la Turquie. Si on regarde la carte, cette île est turque mais si on regarde l’histoire elle grecque. Pourquoi ? parce qu’il y a cent ans, il y avait d’importantes communautés grecques en Turquie. Les turcs ont voulu s’en débarrasser et leur ont proposé de s’installer sur ces îles qui du coup seraient rattachées à la Grèce. L’opération a été validé par les traités de Sèvres et de Lausanne juste après la Première guerre mondiale.

Aujourd’hui un siècle plus tard. Les Turcs remettent ces traités en causes, veulent récupérer ces îles ou au moins les eaux territoriales qui les entourent. Le 10 août, Ankara a envoyé un navire de prospection pour chercher du gaz dans les eaux grecques. Les Grecs ont violemment réagi. Et la France a franchement pris le parti d’Athènes. Depuis Emmanuel Macron et Recep Erdogan se cherchent. D’abord une guerre des mots, puis aujourd’hui ce qui commence à ressembler à une bataille navale.

La France a envoyé deux navires de guerre et deux avions Rafales dans la région. Des manœuvres militaires commencent aujourd’hui avec la France, la Grèce, l’Italie et Chypre. Alors que la marine turque va manœuvrer avec un destroyer américain. Ça fait beaucoup de monde dans l’eau…

Et c’est dangereux. En juin un bateau turc avait braqué ses armes sur un navire français. Et armé le tir. Comme un canon sur la tempe. C’était un acte de guerre avait alors estimé Florence Parly.

Y-a-t-il vraiment du gaz au large de cette île ?

Le gaz, il y en a sans doute un peu au large de Kastellórizo mais il y en certainement beaucoup, plus au sud. C’est une énorme réserve, une poche qui mord sur les eaux territoriales de la Turquie de la Grèce, d'Israël, de Chypre mais aussi de l’Egypte et la Libye. Sans oublier les Palestiniens de Gaza qui pourrait aussi légitimement revendiquer une part ce trésor.

Tout ça peut devenir une pétaudière. Tout le monde va vouloir se servir. Il y a un projet européen de gazoduc vers la Grèce dans lequel la France est impliquée. La Turquie et la Libye ont signé un accord pour se partager le gâteau comme si tous les autres n’existaient pas. La Grèce a répondu par un autre accord avec l’Egypte. C’est comme un immense jeu de Monopoly, ou plutôt un jeu de go, où il faut occuper le terrain et pousser l’autre dehors…

Erdoğan sûr de lui

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a assuré mercredi que "tous ceux qui se mettront sur son chemin le paieront très cher". Et c’est la France notamment qui était visée par cette phrase. Des paroles guerrières.

Erdogan joue au dur parce qu’il dispose d’une arme dissuasive. L’arme des migrants. Il y a deux millions et demis de réfugiés syriens en Turquie. Et le président turc menace régulièrement d’ouvrir la porte. Déjà le 1er mars dernier il avait joué de cette arme avec un cynisme effroyable. Il s’était affiché à la télé pour affirmer que la frontière vers la Grèce était ouverte. Ce qui était faux naturellement. 13.000 malheureux s’étaient précipités et s'étaient retrouvés coincés derrière les barbelés à la frontière.

Erdogan par ailleurs soutient le régime en place à Tripoli, en Libye. Il peut donc demander aux libyens d’ouvrir les vannes de l’immigrations. Les Turcs contrôlent donc les deux principales portes d’entrée de migrants en Europe. Ils les tiennent fermées pour le moment, mais peuvent les ouvrir à tout moment.

Nicolas Poincaré