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Franco-écossais, ils quittent la Grande-Bretagne à cause du Brexit: "le pays a totalement changé"

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Les députés britanniques ont autorisé ce lundi le gouvernement à déclencher le Brexit. Pour Bruno Pollet, ingénieur français installé en Grande-Bretagne depuis 26 ans, cette sortie de l'Union européenne est vécue comme une immense déception. A tel point qu'il a décidé de quitter le pays.

Bruno Pollet, 47 ans, est un ingénieur français installé en Grande-Bretagne depuis 26 ans. Il estime que le Brexit compromet son avenir en Grande-Bretagne. Il a donc décidé de quitter le pays et d'aller s'installer avec sa femme et son fils en Norvège:

"Je suis arrivé en Grande-Bretagne en 1991 pour faire Erasmus, et j'y suis finalement resté. Je suis marié à une Ecossaise et nous avons un enfant. Nous habitons à Birmingham mais dans un mois, nous allons déménager en Scandinavie. Depuis le 24 juin 2016 (date du référendum, ndlr), tout a été chamboulé. Ce pays soi-disant tolérant et ouvert aux autres cultures a totalement changé. Ca a vraiment été une claque.

J'ai cotisé 26 ans en Grande-Bretagne. Le Brexit nous inquiète énormément notamment pour la question des retraites. Je pense que la Grande-Bretagne est en mauvaise situation financière et qu'ils vont taper sur les retraites. Je ne m'attends d'ailleurs pas à en avoir une. Tout ce que j'ai cotisé sera perdu. Tous les expatriés sont inquiets pour leurs retraites.

Les 3 millions d'Européens en Grande-Bretagne sont inquiets et pas seulement sur le plan financier. Depuis le Brexit, il y a une augmentation des comportements xénophobes. La campagne pour le 'non' au référendum s'est beaucoup concentrée sur l'immigration. Donc, beaucoup de gens ont voté contre l'immigration en Grande-Bretagne. Ce que les Européens en Grande-Bretagne subissent en ce moment est absolument inadmissible et immoral. C'est comme si un mauvais génie était sorti de la bouteille.

Déjà, ici, tous les prix ont augmenté, qu'est-ce que ça va être dans deux ans quand la Grande-Bretagne sortira définitivement de l'Union européenne?

"Je n'ai pas envie que mon enfant soit agressé à l'école parce que son père est français"

Nous allons donc quitter la Grande-Bretagne pour partir en Norvège. J'ai quand même investi la moitié de ma vie en Grande-Bretagne, investi socialement, financièrement. Mais nous pensons d'abord à notre enfant. Je n'ai pas envie qu'il soit agressé à l'école parce que son père est français.

Je suis tellement déçu, ça me fait de la peine. Je voyais ce pays comme un pays progressiste, tolérant, qui fait bouger les choses et là, on dirait que c'est comme avec Trump aux Etats-Unis. Ma femme me dit qu'elle a honte d'être britannique, elle n'en revient pas, c'est très dur pour elle aussi.

L'Ecosse souhaite organiser un référendum en 2019 pour avoir leur indépendance et pourrait donc réintégrer l'UE. Mais j'ai 47 ans, ma femme a 43 ans, notre fils a deux ans et demi, donc le temps est contre nous. Attendre encore deux ans dans cette situation, ce n'est pas possible. Nous n'avons pas envie que notre vie dépende du gouvernement britannique ou écossais. Nous voulons reprendre le contrôle de notre vie".

Propos recueillis par Paulina Benavente