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Guerre en Ukraine: les sanctions économiques contre la Russie sont-elles vraiment efficaces?

Qui est le plus pénalisé par les sanctions contre la Russie: les Russes ou bien nous, les Occidentaux? La question se pose de plus en plus…

La question de l’efficacité des sanctions contre la Russie se pose, six mois après leur mise en œuvre. De plus en plus. Mais la réponse n’est pas simple. Les économistes ne sont pas d’accord entre eux, sur l'impact de ces sanctions. L'économie russe en souffre, certainement, mais il est difficile de dire à quel point et en tout cas au point d’avoir fait bouger les choses.

Par rapport aux objectifs annoncés, on peu d’ores et déjà parler d’échec des sanctions. Souvenez-vous, après l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022, les Occidentaux, Américains, Européens, Japonais, Australiens, avaient annoncé des sanctions économiques “jamais vues”.

Au programme, un embargo sur l’essentiel du pétrole russe, interdictions d’exporter une large gamme de produits, notamment technologiques, exclusion des banques russes du système mondiale d'échange interbancaire SWIFT et saisie des yachts et des villas de plus d’un millier de milliardaires, proches de Poutine.

Tout cela devait mettre l’économie russe à genoux. Cela devait impacter les capacités de l'armée russe. Et tout cela devait provoquer une crise en Russie, jusqu’à un mécontentement populaire qui pouvait se retourner contre Poutine. Cela devait gêner Vladimir Poutine au point de le forcer à mettre fin à la guerre. C’était ce qui était annoncé et rien de tout cela ne s’est produit, pour l’instant.

Quel est l'effet réel?

Mais cela ne veut pas dire que les sanctions n’ont pas eu d’effets. Les consommateurs russes ont vu le prix du sucre augmenter de 50%, le prix des pâtes de 25%. L’inflation explose en Russie et atteint 15% ce mois-ci. Avant la guerre, la Russie était en croissance, elle est aujourd’hui en récession. Le FMI prévoit un recul de 6% en 2022. C’est beaucoup.

Les ventes de voitures étrangères ont baissé de 95%. L’embargo sur les composants électroniques handicape toute l’industrie.

Bref, les sanctions font mal, mais pas au point de voir l’opinion russe se retourner contre Vladimir Poutine. C’est presque le contraire, les sanctions ont tendance à souder les Russes contre l’Occident.

Les caisses de l'Etat russe pleines

Et pendant ce temps, les caisses de l’état russe sont pleines. Actuellement, la Russie s’en met plein les poches. On ne peut pas dire que c’est "grâce aux sanctions", personne n’étant capable de dire quel serait le prix du gaz et du pétrole sans elles.

C’est plutôt la guerre qui a fait exploser les prix. Mais le résultat est là. Le pétrole et le gaz n’ont jamais été aussi chers et la Russie en profite largement pour l’instant. Elle touche aujourd’hui 750 millions d’euros par jour grâce aux exportations énergétiques. C’est 100 millions de plus qu’avant la guerre. 100 millions par jour.

Les Européens se sont fixés pour objectif de ne quasiment plus acheter de pétrole russe d’ici la fin de cette année mais Poutine répond: "même pas mal". "Même pas mal" parce que les Russes ont trouvé d’autres acheteurs avec la Chine, l’Inde, l'Amérique latine.

L’Inde, par exemple, n’achetait quasiment pas de pétrole russe avant la guerre en Ukraine. Aujourd’hui elle achète, à elle seule, presque 20% du pétrole de Russie. Pour en faire quoi ? Pour le raffiner et le revendre plus cher. Le revendre à qui ? À nous ! Et même aux Américains. Et ce sont des superstankers grecs, donc européens, qui transportent ce pétrole qui contourne l’embargo.

Pendant ce temps-là, les Russes engrangent des milliards: 40% des recettes de l'État viennent du pétrole et du gaz.

C’est pour cela que la monnaie russe, le rouble, se porte bien. Cela veut dire que les marchés mondiaux ne croient pas que l’économie russe va s’effondrer à cause des sanctions.

Le risque des coupures de gaz et d'électricité

Est-ce que l’on peut pâtir de ses propres sanctions ? C’est très difficile à mesurer mais c’est arrivé. Par exemple dans le secteur agricole. Lorsque l’on a interdit les exportations de porc vers la Russie après l’annexion de la Crimée en 2014, les Russes se sont réorganisés et ont réussi à produire plus de porc. Et ce sont les éleveurs bretons qui ont été perdant, finalement.

Aujourd’hui, la France et l'Europe doivent faire face à une très forte inflation, à des prix du carburant très élevés et à des risques de pénuries de gaz. Mais encore une fois, c’est très difficile de dire si c’est à cause des sanctions ou plus simplement à cause de la guerre. C’est en fait à cause des deux.

En revanche, l’hiver prochain, si l’on subit des coupures de gaz et d'électricité, ce sera quand même principalement à cause de ces sanctions. Parce que c’est bien à cause d’elles que les Russes coupent le robinet. C’est ce qu'Emmanuel Macron appelle "payer le prix de la liberté". On ne sait pas encore vraiment quel sera ce prix. Ni quel sera le prix que paieront les Russes. À la fin, ce sera sans doute perdant-perdant.

Nicolas Poincaré